Le programme de recherche (2016-2023) de la Chaire de recherche du Canada en histoire littéraire et patrimoine imprimé (niveau 1) se définit autour des quatre axes suivants.

Axe 1 Littérature, humanisme et philologie

Le premier axe concerne la dimension philologique de l’humanisme à la Renaissance à partir du cas exemplaire de Rabelais. Avant de définir une philosophie, l’humanisme au XVIe siècle désigne un certain rapport au texte, dont l’imprimerie permet de fixer la forme. Or, Rabelais se révèle un éditeur de textes très actif dans les années 1530 et 1540 à Lyon, publiant quelque 40 éditions sous son nom, avec sa devise grecque, sa marque d’éditeur ou ses caractéristiques éditoriales. Les éditions rabelaisiennes témoignent des préoccupations de l’humaniste, qu’il s’agisse d’orthographica, de notes marginales, d’index ou d’établissement du texte.  Cet axe prend notamment pour objet les éditions rabelaisiennes d’Hippocrate, de Giovanno Manardo et d’Ange Politien.

Axe 2 Patrimoine imprimé, bibliothèques et ateliers d’écriture

L’intérêt pour les bibliothèques d’écrivains du XVIe siècle constitue un axe fort des recherches les plus innovantes et les plus récentes sur l’histoire littéraire de la Renaissance, que l’on pense à la « librairie » de Montaigne, aux études récentes sur les livres ayant appartenu à Ronsard ou encore à l’inventaire de la bibliothèque de Pontus de Tyard. On relève un même intérêt pour les bibliothèques d’écrivains québécois du XIXe siècle, notamment dans le collectif Lire au Québec au XIXe siècle. Cet axe étudie notamment les bibliothèques de Rabelais, de Philippe Aubert de Gaspé, de Joseph-Charles Taché et de François-Magloire Derome.

Axe 3 Imaginaires de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent

De nombreux travaux récents ont mis l’accent sur la nécessité d’étudier l’espace et les territoires en fonction des représentations auxquelles elles donnent lieu. Cet axe entend prolonger cette réflexion à partir de l’imaginaire maritime de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, dans la foulée des travaux du titulaire de la chaire sur l’Ancien Régime et sur le Bas-du-Fleuve comme berceau de la littérature québécoise, pour lesquels il a obtenu en 2008 un Prix de vulgarisation de la recherche de l’ACFAS, et en prenant appui sur l’expertise des chercheurs en patrimoine de l’UQAR réunis au sein du regroupement ARCHIPEL. Cet axe porte notamment sur la figure de Toussaint Cartier et l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent comme lieux de mémoire et de rencontre.

Axe 4 Statuts et pouvoirs de la littérature

La Renaissance comme le XIXe siècle québécois, hantés respectivement par l’encyclopédisme et la polygraphie, offrent des cas d’étude exemplaires de ce qu’étaient et peuvent encore être la fonction et le sens de la littérature (au sens large de « lettres »). Cette littérature, sous les traits de la rhétorique dont elle est alors indissociable, forme la pierre angulaire de l’encyclopédie du savoir, chez un Guillaume Budé qui la considère comme « la discipline encyclopédique qui embrasse la totalité de l’enseignement, médite sur les éléments et les systèmes de toutes les sciences et leur tient même lieu d’arbitre officieux ». Loin du formalisme des avant-gardes du XXe siècle, les lettres apparaissent comme susceptibles de rétablir l’unité du savoir. Cet axe s’intéresse entre autres à la réception de Rabelais comme auteur omniscient et à la polygraphie de Joseph-Charles Taché.