Le volet recherche de la chaire UNESCO est spécifiquement orienté vers l’étude intégrée des écosystèmes marins, avec analyses comparatives; il vise le renforcement des capacités des pays partenaires en matière de recherche sur les écosystèmes avec une orientation appliquée vers la protection de ces écosystèmes.

Une étude intégrée des systèmes marins ne peut se concevoir sans la compréhension des activités humaines qui y sont liées et de leur dynamique. De ce fait, le volet recherche vise aussi l’inclusion des sciences humaines aux différentes étapes des processus de recherche proposés.

Les différents projets de recherche coordonnés par la chaire constituent un réseau de collaborations internationales, permettant la création de groupes de travail et d’ateliers, les échanges de chercheurs, la co-supervision d’étudiants et de post-doctorants.

La chaire UNESCO en analyse intégrée des systèmes marins permet d’appuyer la création d’une base de chercheurs, au Québec et dans les pays du Sud capables d’analyser le fonctionnement des écosystèmes marins exploités, en complétant l’approche halieutique classique, toujours indispensable à ces nouvelles techniques. Elle met à profit l’expertise québécoise et canadienne. L’ISMER et, plus généralement, l’UQAR, bénéficient d’un vaste réseau de collaborations scientifiques et techniques, au Canada et à l’étranger. Ce réseau d’expertise permet de renforcer les capacités nationales des institutions partenaires du sud, Mauritanie et Cap-Vert, de collecter et analyser les données environnementales, et d'intégrer les aspects écosystémiques à la fois dans les programmes scientifiques et dans les recommandations de gestion. De plus, une telle approche à grande échelle, regroupant les écosystèmes de plusieurs pays, couvrant une variété de climats et de niveaux d’exploitation, permet d’examiner des concepts théoriques de base en écologie marine et faire avancer les connaissances scientifiques au niveau du fonctionnement des écosystèmes marins, et d’adapter les modes de gestion aux conditions environnementales locales.

Groupe de travail sur la conservation de la biodiversité marine

Nouveau partenariat entre la Chaire et le Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs pour l'identification des aires d'importance pour la conservation dans le Saint-Laurent marin

Le 25 novembre 2010, le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, M. Pierre Arcand, annonçait la création d'une Table de concertation sur la conservation dont le mandat consiste notamment à conseiller le ministère sur les enjeux de conservation de la bioversité au Québec. En ce qui a trait aux milieux marins et considérant

  • l'augmentation des pressions sur la biodiversité marine du Saint-Laurent;
  • les carences de la représentativité de la biodiversité marine au sein du réseau d'aires protégées québécois en milieu marin;
  • les orientations gouvernementales du Québec visant 10% d'aires marine protégées d'ici 2015; et
  • le futur plan d'action Saint-Laurent, lequel prévoit la réalisation de trois projets d'aires marines,

un groupe de travail a été constitué sous l'égide de cette Table pour formuler des recommandations relativement à la conservation de la biodiversité marine de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

En sa qualité de coordonnateur scientifique, le rôle de la Chaire sera d'évaluer les carences du réseau actuel d'aires marines protégées, d'établir des critères et la méthode pour identifier les Aires d'Intérêt pour la Conservation (AIC), et de produire une cartographie des AIC. Il sera possible de suivre les développements de ce partenariat dans la section projets en cours de notre site. 

Des écosystèmes à mieux comprendre

Le Saint-Laurent marin

Il existe un lieu en Amérique du Nord, où l'océan Atlantique pénètre le continent pour mieux mêler ses eaux à celles des mers intérieures. Au Canada, il est la porte d'entrée de la plus longue voie maritime intérieure au monde. Baigné d'est en ouest par le fleuve et le golfe du Saint-Laurent, cet immense territoire couvre au total quelque 3000 kilomètres de littoral.

Le Saint-Laurent est un écosystème impressionnant de plus de 250 000 km2, présentant une grande diversité écologique, des conditions physiques extrêmes (ex : marées de 1 à 7 mètres, glaces, températures, courants, vents, hypoxie), des rives et des habitats fragiles (érosion, ondes de tempêtes, dragage, ingénierie côtière, etc.), un large bassin de population (80% de la population vit en régions côtières) et de nombreuses activités socio-économiques et de développement (ex : transport maritime, pêche, aquaculture, écotourisme, ingénierie côtière, etc.). Cette variété se traduit par trois écosystèmes clés : l’estuaire, le nord, et le sud du golfe, qui possèdent des caractéristiques physiographiques, océanographiques et écologiques distinctes.

L’écosystème est caractérisé par une forte exploitation des ressources halieutiques, et la morue franche représente l’espèce emblématique dans l’histoire des pêcheries dans cette région. En effet, la pêche à la morue a été un enjeu politique et socio-économique important pour l’est du Canada durant plusieurs siècles. Après la découverte de l'Amérique par les Européens, il y a 500 ans, la constante et croissante exploitation des ressources marines a conduit à l'effondrement du stock, officialisé par un moratoire complet sur la pêche à partir de  1992, et depuis lors, la pêche n'a pu reprendre que de manière anecdotique.

L'effondrement du stock et son incapacité à se reconstituer constituent un point majeur de la recherche écosystémique pour le Canada, et ce, d’autant plus que de nombreux stocks d’espèces démersales sont aussi dans un état précaire. Cette situation représente une énigme scientifique qui n'a pas été complètement élucidée. Toutefois quelques causes (surexploitation, abondance de prédateurs, changement de régime écosystémique, changements climatiques, etc.) sont envisagées sans que l'on puisse toujours mesurer leur importance relative. À ceci s'ajoutent de nouvelles préoccupations par rapport aux espèces en péril, aux changements climatiques, et à l'érosion des berges. L’approche écosystémique représente une avenue prometteuse pour se pencher sur de telles problématiques, et elle est de plus en plus utilisée pour répondre à ces questions complexes.

La côte Nord-Ouest africaine (Mauritanie, Cap-Vert, Sénégal)

Les écosystèmes des régions nord-ouest africaines considérées sont extrêmement variés, tout en étant interdépendants par le biais du système du courant des Canaries. Ce système constitue un écosystème très riche, générateur d'une importante biodiversité marine. Il offre également d'importantes opportunités aux populations côtières en termes de moyens de subsistance. Les trois pays ciblés ont aussi en commun d’avoir une économie fortement dépendante des activités halieutiques.

Le milieu marin mauritanien, avec un plateau continental étendu, représente une zone de transition entre les systèmes tempérés, au nord, où l’on retrouve les dernières zostéraies, et les systèmes tropicaux, au sud, où débutent les mangroves. Il est caractérisé par un système d’upwellings, permanent au nord et saisonnier au sud. Cette particularité pose des défis scientifiques spécifiques. Il s’agit d’un milieu très productif, siège d’une activité halieutique intense, accrue par la désertification qui pousse les populations pastorales à se tourner vers cette ressource pour leur subsistance. De fait les principales ressources, comme le poulpe, sont surexploitées ; cette surexploitation s’est accentuée ces dix dernières années. Le milieu est aussi sujet à de nouvelles pressions anthropiques. L’exploitation pétrolière extracôtière se développe. Il existe une urbanisation croissante le long de la côte, particulièrement autour de Nouakchott, la capitale, et de Nouadhibou, ce qui pose aussi de nouvelles questions écologiques. Il est à noter que près de 5% de la superficie de la ZEE mauritanienne correspond à des aires marines protégées, cas unique dans la région, avec notamment le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA) qui abrite des écosystèmes côtiers peu profonds et très productifs dont les caractéristiques semblent très particulières et qui sont encore mal connus. Le PNBA est classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Sa réserve satellite du cap Blanc vise à protéger la population locale de phoque moine, espèce particulièrement menacée.

Les écosystèmes littoraux du Sénégal sont localisés dans les zones deltaïques et estuariennes du Sénégal, du Saloum et de la Casamance et sont caractérisés par des mangroves associées à des mosaïques d'îles sablonneuses et de lagunes. Ces écosystèmes renferment une faune riche et variée constituée d'espèces permanentes et saisonnières. Ce sont des zones de nourriceries d'une grande importance économique avec une faune à dominante de poissons, crabes, crevettes, oiseaux, huîtres et mollusques. Dans le domaine marin, l'écosystème le plus important est constitué par l'ensemble du plateau continental sénégambien, qui abrite des ressources halieutiques diversifiées. Il est l’objet d’une exploitation intense, notamment par des pêcheries artisanales dynamiques. Cette exploitation se traduit par des phénomènes de surexploitation locale préoccupants. La biodiversité halieutique est aussi affectée par l’urbanisation côtière et les pollutions que cela engendre.

Le système du Cap-Vert est constitué d’un archipel d’une quinzaine d’îles et îlots, appartenant à la vaste région biogéographique de la Macaronésie. Ces îles volcaniques, à quelques rares exceptions, ne possèdent qu’un plateau continental étroit et sont séparées par des sillons profonds. Ce système se situe dans une zone de transition entre le courant des Canaries, au nord, et le courant nord-équatorial, au sud, dont les positions respectives varient selon les saisons. Il s’agit d’un écosystème fragmenté, et les liens écologiques entre les îles sont conditionnés par la courantologie. Ceci se traduit par des populations sources et des populations puits. Ces caractéristiques posent des problèmes particuliers à la gestion et à l’aménagement du milieu marin, chaque système réagissant différemment aux pressions anthropiques.

Compte tenu des problématiques communes reliées aux deux régions d’études, la chaire UNESCO en analyse intégrée des écosystèmes marins coordonnera des projets pilotes basés sur les problématiques de chaque région, menant ensuite à une intégration dans une approche plus globale et comparative.