Le Rwanda: reconstruire des valeurs sociétales par-delà le génocide
1er novembre 2005
par Maurille Agoua et Pape A Ba,
stagiaires au Service des communications de l’UQAR

Sur la photo, Sonia Fournier, professeure à l’UQAR et créatrice de l’affiche du colloque, Jean-François Fortin, professeur au Cégep de Rimouski, le stagiaire sénégalais Pape Ba, le professeur Abdellah Marzouk, du Campus de Lévis, et le stagiaire béninois, Maurille Agoua.
Pourquoi des professeurs basés au Canada s’intéressent-ils au génocide rwandais onze ans après?
Cette tragédie qu’a connue le Rwanda, en 1994, suscite encore bien des interrogations et même une préoccupation pour certains chercheurs, comme la professeure Pauline Côté de l’Université du Québec à Rimouski, instigatrice d’un colloque international et interdisciplinaire qui se tiendra à Kigali au Rwanda, du 25 au 29 avril 2006 sous le thème suivant: «Les mots du génocide au Rwanda: Lire, écrire et comprendre». Les objectifs visés sont l’éducation des peuples à la paix, à la tolérance et à la lutte contre la division et aussi mieux en apprendre sur comment naissent les conflits interethniques ou religieux et comment ils peuvent dégénérer jusqu’à un génocide entre des personnes si rapprochées, souvent de même sang.
Aujourd’hui, le génocide rwandais, lourd de conséquences, a creusé un fossé, une fracture silencieuse, entre les génocidaires et les rescapés. C’est donc pour mieux appréhender toutes les facettes du processus ayant abouti au génocide que des professeurs de l’UQAR, en collaboration avec des chercheurs d’autres universités francophones et anglophones, s’impliquent dans la tenue de cette manifestation, soucieux d’aider l’humanité à ne plus commettre les mêmes erreurs. «Tout peuple peut être victime de génocide» affirme Pauline Côté, membre du comité d’organisation qui travaille à ce projet avec deux collègues rwandais de l’université, les professeurs Jeanne-Marie Rugira et John Kabano.
Cette activité scientifique d’envergure internationale, onze ans après le génocide, aura donc un défi majeur à relever: proposer un creuset pour consolider la réconciliation. Elle permettra aux Rwandais de réfléchir à leur développement futur à partir de l’école. Elle pourra aussi fournir à d’autres pays à risque des outils pour combattre ce qui amène à la division.
«Il faut que les Rwandais aient le courage de parler du génocide, pour trouver des solutions, même si ce n’est pas facile d’en discuter. Car en gardant le silence, on pense que tout le monde a oublié, alors que c’est faux, il faut en parler pour libérer les cœurs», affirme John Kabano, professeur rwandais, membre du comité d’organisation. Cela explique bien le choix du thème de ce colloque qui portera sur: «Les mots du génocide au Rwanda» .Dans cette optique, Pauline Côté dira que: «cette rencontre doit être perçue comme un processus dynamique pouvant conduire ultimement à la création d’un Réseau international de recherche sur la compréhension des conflits et sur l’éducation à la paix, à la démocratie et aux droits fondamentaux».
Pour la réussite de cet événement, deux comités, l’un d’organisation et l’autre de soutien, sont mis sur pied, au Canada et en Afrique. Mme Linda Essiambre de l’UQAR en est la coordonnatrice. Au cours des travaux, les communications tourneront autour de trois axes majeurs, à savoir: la psychologie, l’éducation et la sémiotique. Il s’agira de diagnostiquer les causes profondes du génocide, d’expliquer la résignation afin d’aboutir à l’émergence d’une conscience collective pour une culture de la paix.
Ainsi, selon Sonia Fournier, artiste et professeure à l’UQAR au Département des sciences de l’éducation et membre du comité de soutien, il faut aider les enfants à exprimer la souffrance vécue au cours du génocide. Par son talent artistique, Mme Fournier a réalisé une oeuvre d’art pour la création de l’affiche annonçant l’Appel international à communication. Partir d’une œuvre d’art pour exprimer tous les défis à relever afin d’enraciner dès la prime enfance, l’amour du prochain, le respect de l’autre, la tolérance. Ce tableau qui spontanément a pris les couleurs du Rwanda, en dit long à travers les feuilles qui représentent le prolongement de la réflexion, l’accueil et l’ouverture. Le soleil qui traduit la chaleur, l’énergie, l’unité, la transparence et la lutte contre l’ignorance. Le cœur associé à la générosité, la démocratie, le partage, la famille, et la solidarité dans l’adversité.
Si les organisateurs de ce colloque tant attendu arrivent à bien cadrer les débats, en ayant à l’idée les objectifs premiers à atteindre, nous assisterons à quelque chose d’inédit pour le continent africain. Une expérience tangible où l’on peut s’inspirer des conséquences des conflits au sein d’un peuple pour aboutir à des résultats pouvant servir au développement d’un pays.
Pour plus de détails: [http://rwanda.uqar.ca/]
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Renseignements: Mario Bélanger, Service des communications, UQAR, (418) 723-1986 poste 1426