Les municipalités souhaitent
se brancher sur l’éolien
17 octobre 2006
Pour beaucoup de municipalités au Québec, le colloque qui a eu lieu à Rimouski, le 10 octobre dernier, marquera un point tournant dans leur réflexion sur l’utilisation de l’énergie éolienne dans leurs projets de développement social et économique.
Des étudiants du Centre entrepreneurial de l’UQAR ont travaillé à l’organisation de ce colloque. Ils sont ici en compagnie du conférencier François Pélissier et de son épouse.
On attendait environ 150 personnes à ce colloque. Plus de 400 y ont participé, venant de tous les coins du Québec. L’activité était organisée conjointement par l’UQAR, l’Union des municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités et l’Association canadienne de l’énergie éolienne. Deux ministères du Gouvernement du Québec (Affaires municipales et Régions, Ressources naturelles et Faune) ainsi qu’Hydro-Québec et l’Association Canadienne de l’Énergie Éolienne ont contribué au financement du colloque.
La journée, intense, aura permis à de nombreux représentants de municipalités et d’organismes communautaires d’obtenir une foule d’informations générales et techniques sur le cheminement d’un projet éolien, et aussi, d’exprimer clairement leurs doléances et leurs inquiétudes. Étaient sur place plusieurs délégués provenant des ministères concernés, des grands promoteurs (Northland Power, Innergex), des firmes spécialisées et d’Hydro-Québec. Bref, une occasion pour tous de se parler. Plus d’une vingtaine de journalistes ont couvert l’événement: RDI, Maisonneuve en direct, CBVT, Le Soleil, les médias régionaux. Des professeurs de l’UQAR étaient aussi présents.
La précipitation pas toujours bien balisée dans la réalisation des dossiers éoliens, la présence des grandes compagnies étrangères qui s’accaparent d’une large part du gâteau, le manque de coordination entre les municipalités (qui se font concurrence alors qu’elles pourraient regrouper leurs efforts): voilà quelques problèmes apparents qui ont été relevés. Certains intervenants ont même souhaité un moratoire sur l’énergie éolienne au Québec, le temps de se doter des mécanismes de gestion adéquats. C’est notamment la position du Conseil de l’environnement du Bas-Saint-Laurent.
Plusieurs conférenciers
Le spécialiste de l’éolien François Pélissier, de Nancy, dans l’Est de la France, a volé la vedette lors de ce colloque. Celui-ci est à la tête d’un développement de 32 MW (16 éoliennes) qui a connu un énorme succès en France, autant par l’implication des acteurs sociaux que par le respect de l’environnement. M. Pélissier considère que le Bas-Saint-Laurent perd beaucoup d’énergie en mettant sur la table une trentaine de projets éoliens, qui ne pourront pas tous se réaliser. «Ça va créer de la frustration. Ce serait mieux de se concerter au départ, de planifier ensemble le développement.» Il a aussi donné de précieux renseignements sur la démarche qu’il avait choisi, ne niant aucunement les problèmes et les imprévus qui peuvent survenir. «Qu’est-ce qu’on fait quand, pendant des mois, on n’arrive pas du tout à remplacer un ventilateur défectueux, essentiel au fonctionnement d’une éolienne? Ça va mal.»
Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Pierre Corbeil, a profité de l’occasion pour annoncer que Québec mettra sur pied une table sur l’énergie éolienne réunissant divers intervenants intéressés à discuter des préoccupations économiques, sociales et environnementales des projets communautaires et autochtones. Un volet de 500 MW est réservé à de tels projets, parallèlement aux appels d’offres pour un total de 2000 MW lancés par Hydro-Québec. Le dépôt des soumissions est prévu en mai 2007. Le ministre a signalé que son gouvernement était résolument engagé dans l’éolien, dans une démarche de développement durable.
Sean Whittaker, de l’Association canadienne d’énergie éolienne (www.canwea.ca), a dévoilé les prévisions quand au développement de l’énergie éolienne. Impressionnant! Au Canada, on compte actuellement 1049 MW en activité, les projets en cours représentent 2725 MW et on envisage une production de 9500 MW en 2015 (3,5% de la production totale d’énergie). Au Québec, 212 MW sont en activité, 1244 MW sont projetés et on évalue la production en 2015 à 4000 MW (4,5% de la puissance énergétique totale). «D’ici 2015, on prévoit au Canada plus de 43000 emplois dans la construction et 15000 emplois dans la gestion et l’entretien des éoliennes.»
Le maire de Rimouski, Éric Forest, a dévoilé les orientations de la stratégie énergétique que l’Union des municipalités du Québec souhaite voir développer, une stratégie qui vise à améliorer la gestion de l’énergie et l’efficacité énergétique.
Le maire d’Amqui et l’un des initiateurs du colloque, Gaétan Ruest, souhaite qu’Hydro-Québec soit davantage présente dans le déploiement de l’énergie éolienne au Québec. «Où serions-nous aujourd’hui si René Lévesque n’avait pas nationalisé l’hydro-électricité? Pourquoi ne pas nationaliser l’éolien? Jusqu’à maintenant, les compagnies qui exploitent l’éolien en Gaspésie ont laissé peu de retombées dans les municipalités. Nous devons être davantage présents, travailler ensemble. Est-ce qu’on est en train de vendre nos richesses aux grosses compagnies? C’est un débat sur notre avenir.»
Enfin, des intervenants de Saint-Noël, dans la Matapédia, ont expliqué leur projet d’ériger une éolienne communautaire à proximité de cette paroisse. C’est une initiative de 1,7M$, appuyée par le maire Gilbert Sénéchal et une cinquantaine de citoyens. Ce projet-pilote semble faire la fierté du village.
Laissons le mot de la fin à l’un des organisateurs du colloque, Jean-Louis Chaumel, de l’UQAR, qui s’avoue satisfait du déroulement. «Les gens avaient besoin de se parler. On sent une volonté des communautés de reprendre le contrôle de l’éolien et de faire du développement à l’échelle humaine. Il y a un bouillonnement de questions, et il est nécessaire d’en tenir compte. Je pense qu’il faudrait même organiser des colloques semblables dans d’autres régions du Québec.»
Mario Bélanger
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Renseignements:
Mario Bélanger, Service des communications, UQAR, (418) 723-1986 poste 1426