Pour suivre Ducharme à la lettre
Le 25 janvier 2010
Réjean Ducharme est sans doute l’un des personnages les plus énigmatiques de la littérature québécoise. On peut avoir lu l’un de ses neuf romans, vu son théâtre ou savoir qu’il a écrit des chansons de Charlebois. Mais qui peut prétendre bien connaître cet ermite dont la notoriété fait contraste avec un goût du secret qui tient de la légende? « C’est cette marginalité et son paradoxe qui m’ont intéressée », nous dit Élisabeth Haghebaert, coordonnatrice du Centre d’aide à la réussite de l’UQAR, qui lancera le 4 février, au Baromètre, un ouvrage qui porte justement ce titre évocateur : Ducharme, une marginalité paradoxale. Elle a voulu nous offrir un outil, une sorte de mode d’emploi de l’œuvre de Réjean Ducharme. Un itinéraire qui comprend deux cartes topographiques, puisqu’en plus de Marginalité paradoxale, sera également lancé Présences de Ducharme, un recueil de textes signés par 23 spécialistes ou passionnés de l’auteur, et qui permettent de couvrir l’ensemble des contributions artistiques du créateur, au-delà de ses romans.
C’est l’écriture de Réjean Ducharme, sa façon bien particulière de jouer avec la langue, qui attire tout d’abord l’attention d’Élisabeth Haghebaert. Mais c’est aussi l’autodidacte, le touche-à-tout à la fois dur et tendre, qui a compris tout le tragique du monde, mais qui sait le présenter de façon ludique. Et puis, il y a la marginalité de celui qui, retiré de la société, occupe paradoxalement une place centrale dans notre littérature… tout en étant encore mal connu de nombreux Québécoises et Québécois. « Je trouve regrettable que l’on connaisse aussi peu un écrivain phare dans son propre pays », constate Élisabeth Haghebaert, qui souhaite donner envie de (re)lire Réjean Ducharme. Quoi de mieux, alors, que de proposer une lecture transversale de ses romans, en traçant une série de balises permettant de mieux les comprendre et les apprécier?
Avec Présences de Ducharme, - actes d’un colloque international tenu à Montréal en 2007 -, le lecteur sera encore plus éclairé, puisque le parcours romanesque sera mis en perspective par l’œuvre de Ducharme le dramaturge, le scénariste de cinéma, le parolier et même le créateur en arts visuels. Sous la direction d’Élisabeth Haghebaert, mais aussi de Marie-Andrée Beaudet et d’Élisabeth Nardout-Lafarge (qui seront également présentes le 4, au Baromètre), Présences de Ducharme regroupe des documents qui sont en fait des témoignages, réflexions, commentaires, analyses et compte rendu de discussions. À travers ces textes, on voit apparaître un Réjean Ducharme ayant une stature nouvelle et qui se révèle être un artiste polyvalent.
Un mot, finalement, sur le lancement du 4 février. Comme Ducharme a fait plus que des romans, il convenait de faire un peu plus qu’un lancement de livres. C’est ainsi que l’événement se tiendra dans un environnement sonore constitué de chansons dont Ducharme a écrit les textes, la majorité pour Robert Charlebois. Mais en plus, des employés de l’UQAR seront sur scène pour interpréter certaines de ces chansons. Il s’agit de James Caveen (ISMER), Frédéric Deschenaux (Sciences de l’éducation), Julien Goyette (Histoire) et Diane Proulx (Service des finances), dont les voix donneront vie aux mots de Réjean Ducharme.
Et c’est justement à une fête autour des mots que nous sommes conviés le 4 février, à 17 h. Ce sera un lancement de livres, bien sûr, mais ce sera aussi une occasion d’entendre la parole et de sentir la présence paradoxale d’un écrivain absent de la scène publique qui trouve, avec Élisabeth Haghebaert et ses collègues, une autre façon d’être parmi nous.
par Denis Dion