L’UQAR contribue à un centre d’archives sur la ruralité
22 juin 2009
Quelques intervenants de l’UQAR qui ont travaillé à la création du centre d’archives sont ici en compagnie de Gilles Roy, l’un des leaders qui ont lancé les trois Opérations Dignité dans les années 1970. Devant : Danielle Lafontaine, Gilles Roy et Nathalie Lewis. Derrière : Jean Larrivée et Pierre Collins.
Le village d’Esprit-Saint, dans le Haut-Pays du Bas-Saint-Laurent, peut maintenant compter sur un Centre de mise en valeur des Opérations Dignité et de la ruralité.
Le Centre est installé dans une grande maison joliment rénovée et située près de l’église, au cœur de ce village de 400 habitants. Cet édifice s'appelle la Maison de la culture Jean-Marc-Gendron, dans laquelle on retrouvait déjà depuis quelque temps la bibliothèque municipale. La maison accueille maintenant, au second plancher, un Centre d’interprétation sur les Opérations Dignité, qui propose une exposition, Mémoire d’une communauté, ainsi qu’un spectacle multimédia. En plus, la maison abrite, près de l’entrée arrière, un centre d’archives et de recherche sur les Opérations Dignité et la ruralité, qui a été créé grâce à la collaboration de l’UQAR. Ce centre d’archives portera le nom de Gilles Roy, l’un des acteurs-clés des Opérations Dignité, au début des années 1970.
> Voici la Maison de la culture d'Esprit-Saint, qui comprend la bibliothèque municipale, un centre de mise en valeur des Opérations Dignité et un centre d'archives sur la ruralité.
« Ce centre d’archives regroupe différents documents qui témoignent de l’effervescence du monde rural de l’époque. Il deviendra un lieu intéressant pour mener des recherches sur la ruralité », a expliqué M. Claude Galaise, qui est doyen des études de 1er cycle à l’UQAR et qui est aussi membre du conseil d’administration du Centre de mise en valeur des Opérations Dignité.
En présence de plus de 200 invités (de nombreux citoyens et plusieurs élus), le village a célébré dignement l’ouverture de ce centre, le 17 juin 2009, sous la gouverne de la mairesse Marlène Dubé, du président d’honneur, le conteur Jocelyn Bérubé, et du chargé de projet Richard Lemay. Tant le gouvernement du Québec que celui du Canada ont accepté de financer ce projet.
Opérations Dignité
Au début des années 1960, l’Est du Québec, une région relativement défavorisée, est sous la loupe du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ), un organisme qui regroupe de nombreux spécialistes désireux de scruter et d’améliorer l’économie de la région. L’une de leurs propositions consiste à fermer carrément certains villages que l’on considère sous-développés et d’inciter leur population à s’établir dans des HLM des centres urbains comme Matane et Rimouski.
Le gouvernement du Québec décide alors d’appliquer cette politique et commence à fermer quelques villages. Une dizaine de villages fermeront… et plusieurs dizaines d’autres sont dans le viseur. On n’y va pas de main morte : les gens sont invités sans ménagement à déménager et les maisons sont carrément rasées. Bien sûr, la population gronde. Au début des années 1970, dans certains villages menacés par ce triste scénario de terre brûlée, des citoyens se regroupent et manifestent avec vigueur contre ces attaques virulentes.
À l’époque, trois curés ont pris l’initiative de lancer des Opérations Dignité : Jean-Marc Gendron (à Esprit-Saint), Charles Banville (à Sainte-Paule) et Gilles Roy (à Les Méchins). Leur action a fait boule de neige; alors que les médias donnaient de l’ampleur à leur parole, le gouvernement a été obligé de reculer dans ses intentions. L’épopée des Opérations Dignité est devenue une étape marquante du développement rural au Québec et au Canada. Les gouvernements ont su qu’on ne pouvait impunément imposer de telles politiques qui faisaient rager les citoyens. Et les villages ont compris qu’il était essentiel de faire sa place et de composer soi-même l’avenir qu’on veut bien se donner, tout en réclamant son dû aux gouvernements en place.
Témoignages
À Esprit-Saint, même M. Jacques Parizeau était présent à la fête d’ouverture! Alors qu’il était un jeune politicien prometteur, en 1971, celui-ci avait livré, à Esprit-Saint, un discours émancipateur pour soutenir la création d’Opération Dignité II. Ému d’être invité, M. Parizeau a rappelé que les Opérations Dignité ont été l’occasion pour plusieurs politiciens et développeurs aux grandes ambitions de constater que les politiques mur à mur ne sont par toujours viables et qu’il faut tenir compte de certaines variables propres aux milieux ruraux. « On se demande encore comment on a pu être aussi insensibles à la réalité de certains villages », a-t-il lancé. « La valorisation de la ruralité, ça part des Opérations Dignité. »
M. Parizeau s’est d’ailleurs dit agréablement surpris de tout le dynamisme qui anime ce milieu rural actuellement, avec cette volonté d’aménager les ressources et de développer durablement. « On pense aux jeunes, aux couples, aux vieux : je sens beaucoup de vitalité. »
Richard Lemay, qui était chargé de projet pour ce Centre, a fait le vœu que les touristes fassent un jour le tour du Bas-Saint-Laurent tout comme on fait le tour de la Gaspésie. « Il est important de se souvenir de ce qui s’est passé, de montrer qu’on peut faire beaucoup en se prenant en main. »
Gilles Roy, maintenant laïc mais seul survivant des trois curés à l’origine des Opérations Dignité, a livré un message de solidarité à l’intention du milieu rural. « Cette maison, c’est un projet régional qui met en évidence le patrimoine rural auprès de la population et des générations qui suivront. »
Le journaliste Robert Tremblay, qui a coscénarisé le film Le Grand Dérangement de Saint-Paulin Dallibaire, réalisé par Jean-Claude Labrecque, était présent pour une projection du film et une discussion.
Mario Bélanger