Table ronde: une marée rouge sur le Saint-Laurent
25 septembre 2008
Au mois d’août 2008, une floraison importante de l’algue toxique Alexandrium tamarense a généré une marée rouge d’une ampleur sans précédent en termes d’impacts sur la chaîne alimentaire de l’estuaire du Saint-Laurent. Plusieurs experts feront le point sur cette marée rouge lors d’une table ronde qui se déroulera à l’Hôtel Universel de Rivière-du-Loup (311, boulevard Hôtel-de-Ville), le jeudi 2 octobre, de 19 h 30 à 21 h 30. L’activité est gratuite et ouverte au grand public. Il sera possible de poser des questions aux experts.
On se souviendra que le phénomène a suscité beaucoup d’inquiétudes et de questions, autant chez le grand public, dans les médias que dans les milieux spécialisés.
PHOTO: Michel Starr
Ce forum de discussion se déroule dans le cadre du colloque scientifique portant sur le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, qui souligne ses 10 ans d’existence. Le colloque est organisé par l'Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER-UQAR) en collaboration avec le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.
Parmi les participants à la table ronde sur la marée rouge: Maurice Levasseur (animateur), Université Laval (spécialiste des algues toxiques) Stéphane Lair, Université de Montréal (Nécropsie des mammifères marins) Robert Michaud, GREMM* (Écologie du béluga du Saint-Laurent) Suzanne Roy, ISMER* (Cycle de vie d’Alexandrium) * |
Faire le point
L’objectif de cette rencontre est de faire le point sur les facteurs potentiellement responsables de cette marée rouge exceptionnelle et sur son rôle dans les mortalités anormalement élevées d’organismes marins qui ont été observées dans l’estuaire du Saint-Laurent.
Les mesures d’intervention déployées seront aussi examinées, de même que les stratégies et les initiatives de recherche qui peuvent être mises en place à court et à long terme afin de mieux répondre à d’éventuels évènements similaires.
Marée rouge
La marée rouge s’est d’abord manifestée dans les limites du parc marin du Saguenay Saint-Laurent, aux environs de l’embouchure du fjord du Saguenay. Des mortalités anormalement élevées de poissons, d’oiseaux et de mammifères marins, dont des bélugas, y ont été rapportées à partir du 7 août. L’analyse d’un échantillon d’eau prélevé à Tadoussac le 4 août dans le cadre du monitorage des algues toxiques mené par Pêches et Océans Canada (MPO) a révélé la présence en concentrations importantes de l’algue toxique Alexandrium tamarense. Cette algue microscopique est naturellement présente dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent et se retrouve en abondance de façon sporadique selon les conditions présentes dans le milieu. Entre autres, les pluies abondantes sont favorables à la floraison de cette algue en raison de l’apport accru d’eau douce et de substances humiques. L’algue produit une toxine qui se concentre dans le foie et les glandes digestives de plusieurs organismes (copépodes, moules, poissons) et peut ainsi se propager dans la chaîne alimentaire. Cette toxine affecte le système nerveux des poissons, des oiseaux et des mammifères. Elle provoque une paralysie généralement passagère, qui peut aussi entraîner la mort dans les cas d’intoxication importante.
L’observation d’une floraison d’Alexandrium tamarense dans le secteur du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent a permis de formuler une première hypothèse pour expliquer les mortalités observées. Au cours des semaines suivantes, celles-ci ont augmenté et se sont étendues vers la rive sud de l’estuaire maritime et la rive nord de la péninsule gaspésienne en même temps que la marée rouge se propageait. La multiplication des observations de mortalités a déclenché des efforts importants d’intervention par le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM), en particulier Pêches et Océans Canada, Parcs Canada, la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal à Saint-Hyacinthe, le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) et l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent (INESL), auxquels se sont joints Environnement Canada , l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et l’Institut des biosciences marines du Conseil national de la recherche du Canada (CNRC), à Halifax. Leurs efforts ont permis de mettre en commun des informations en provenance des experts de divers domaines en vue de suivre l’évolution de la marée rouge, et de localiser rapidement les échouages d’animaux morts pour procéder à des analyses.