Conférence de Jacques Pelletier,
spécialiste de VLB, sur un écrivain «total»
31 octobre 2008
Le 16 octobre, étudiants en lettres de l'UQAR et amateurs de l'œuvre de VLB se sont réunis pour entendre M. Jacques Pelletier, professeur au Département d'études littéraires de l'UQAM, prononcer une allocution sur le déroutant écrivain pistolois et l'un de ses récents essais, James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots terminé en 2006. Il faut dire qu'en la matière, la réputation du professeur le devance puisqu'on le tient pour principal exégète de l'œuvre de Beaulieu.
Faire œuvre totalisante
Compte tenu de la très grande complexité de la pratique de l'essai chez Victor-Lévy Beaulieu, le conférencier a choisi de consacrer les premières minutes de son intervention à un panorama de ses ouvrages. « Par son caractère colossal – plus de 25 romans, sans compter les essais, les pièces de théâtre et les téléromans – son œuvre composite est tout à fait unique dans l'histoire littéraire du Québec. Ce gigantisme en fait à bon droit ce que j'appellerais écrivain total», indique Pelletier. Ce parcours aura aussi permis de mieux apercevoir l'importance de la réflexion sur l'écriture qui s'est toujours mêlée aux autres thèmes dans le corpus velbéen, et pour cause : cette problématique se trouve aussi au cœur de l'écriture de son mentor, James Joyce.
James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots. Essai hilare
Ce titre programmatique contiendrait en germe toute l'ambition littéraire de VLB. L'écrivain a passé plus de trente ans à fréquenter Joyce et à lire ses commentateurs. Pelletier a très bien montré comment l'Irlandais «a influencé VLB depuis le début de sa carrière d'écrivain». Il en veut pour preuve les passages consacrés à la découverte de Joyce par le narrateur, la présence - dès le récit Mémoires d'outre-tonneau (1968)
- du personnage Jacques Lajoie, «évident pseudonyme de l'écrivain», ainsi que «le projet tôt évoqué d'écrire ce qui est alors appelé le " livre de Joyce"».
(Jacques Pelletier, «VLB et Joyce : rencontre sur les sommets de la littérature», article paru dans L'action nationale, mai-juin 2007, p. 10-27)
À l'image des œuvres Ulysses et Finnegan's wake, le Joyce est un pavé de plus de mille pages qui tente d'éclairer l'histoire du Québec par celle de l'Irlande ; colonisation et religion comptent parmi les nombreux traits historiques communs autorisant ce rapprochement. Situant son Joyce à mi-chemin entre ces deux romans, VLB allie une structure qui rappelle celle d'Ulysses – il en reprend le plan d'ensemble - et un langage
parfois apparenté à celui de Finnegan's wake. Comme les choses ne sauraient être aussi simples, une trame romanesque encadre et redouble, ça et là, un essai biographique, sociographique et didactique, en plus de proposer un autoportrait de VLB sous les traits de son doublet littéraire de toujours, Abel Beauchemin. Quoi d'autre? Une traduction d'un poème de Lewis Caroll émaille le volume en ouvrant chacun des chapitres et une abondante iconographie s'ajoute au foisonnement textuel. Toute l'ambivalence et la démesure de Victor Lévy-Beaulieu se retrouvent donc dans cet ouvrage hors normes.
Par ailleurs, le livre La Grande Tribu - C'est la faute à Papineau. Grotesquerie, paru au début de l'année, n'emprunterait pas cette voie d'abord ouverte par Monsieur Melville (1978-79) et approfondie par le Joyce (2006). C'est du moins ce que croit Jacques Pelletier au terme d'une première lecture. Ajoutons que M. Pelletier entretient toujours une relation épistolaire avec VLB, mais qu'elle se limite désormais aux projets d'écriture de ce dernier. Le professeur de l'UQAM, dont l'engagement politique pour la souveraineté est bien connu, avait récemment désavoué les prises de position politiques de son correspondant des Basques.
Cette conférence s'inscrivait dans le cadre du séminaire de maîtrise et doctorat «Théories de l'énonciation» de Mme Christine Portelance, professeure et directrice du module de Lettres.
Phillip Schube Coquereau, étudiant au doctorat en lettres, UQAR