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Un roman de Martin Robitaille

Les Déliaisons

31 octobre 2008

RobitailleMQuébec-Amérique vient de publier Les Déliaisons. Ce premier roman de Martin Robitaille, professeur de lettres à l’UQAR, fera jaser dans les universités. Et dans les milieux branchés.

C’est l’histoire de Raphaël Laliberté, un professeur de lettres justement, qui décrit avec fougue et cynisme son désabusement face au monde universitaire: là où l’enseignement fonctionne comme une PME qui donne du travail aux étudiants; là où les colloques savants, avec leur contenu trop pointu, ont perdu leur sens. Le roman s’attarde aussi aux querelles du narrateur avec sa femme Eva, ainsi qu’à son profond mal de vivre dans une société qui n’a plus de valeurs à transmettre à ses enfants, sinon le capitalisme et le consumérisme. Bref, Raphaël raconte, non sans humour et exubérance, sa dérive existentielle dans une société où tout fuit, où il n’y a plus rien à quoi s’accrocher.

S’agirait-il d’une autobiographie? «Non», tient à préciser Martin Robitaille. «C’est une fiction. J’ai choisi d’écrire la vie d’un professeur de lettres pour bien enraciner l’histoire que je voulais raconter, et aussi parce que le milieu des lettres est peu présent dans les romans québécois. Ce professeur est malheureux dans son milieu de travail et dans sa vie personnelle, contrairement à moi, qui garde de bonnes relations dans ma famille et au boulot... Tout dérape pour lui. Il se retrouve tout seul. Ce personnage me donne l’occasion d’incarner ma vision critique de la société actuelle, d’exprimer la vie d’un homme contemporain en quête d’un idéal et qui ressent un profond mal de vivre. Il faut être lucide sur les malheurs et les disparités d’aujourd’hui. J’espère que mes collègues universitaires comprendront le côté satirique de ma démarche.»

Le roman est écrit dans une structure classique: le narrateur raconte sa vie et tout ce qui a été transformé dans les dernières années. La plume est agile, haletante, corrosive. Les rebondissements apparaissent à tous moments. L’histoire tient le lecteur en haleine. S’y expriment sans réserve le commentaire cinglant, la référence branchée et la testostérone furieuse...

Au-delà du pur plaisir de l’écriture, Martin Robitaille cible dans ce roman la société de consommation. «Ça m’inquiète de voir le déshéritage intégral que l’on vit. Qu’est-ce qu’on arrive à transmettre à nos enfants? Les liens sont défaits. Les seules valeurs qu’on nous propose sont de faire de l’argent et de consommer, n’importe quoi.»

Et certains n’arrivent pas à s’adapter à ce monde futile. «Mon personnage Raphaël voyait l’université comme un lieu de collégialité, de réflexion dans son champ de spécialité, explique Martin Robitaille. Mais ce qu’il vit personnellement, c’est un milieu qui privilégie la performance, la paperasse pour les subventions, le grand nombre d’étudiants à superviser, la quantité de conférences et d’articles pour gonfler son C.V. Cela le révolte et il souhaite d’autres cheminements dans les universités. Il n’arrive plus à s’identifier à son milieu. Il lâche son travail. La situation le conduit à une dérive, à un grand défoulement, d’abord à Montréal, puis dans le sud de la France. Il a besoin de frapper de tous les côtés. Il remet tout en question.»

Martin Robitaille, qui a l’ambition de faire paraître d’autres romans dans les prochaines années, dit être influencé par des romanciers comme David Lodge, John Irving, Michel Houellebecq, David J. Salinger et Réjean Ducharme.

Il sera possible de rencontrer cet auteur intriguant au Salon du livre de Rimouski (6 au 9 novembre) et au Salon du livre de Montréal (19 au 24 novembre). Le livre se vend 23$.

Mario Bélanger

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EXTRAIT

Il fallait que je trouve un emploi qui ne prend pas la tête. J'ai cherché. Ça n'existe pas. Quant aux amis, ça n'avait plus beaucoup d'importance. On vieillit, puis on se rend compte que les autres sont rattrapés par leurs noeuds, leurs défaites, leurs déceptions – comme nous. Ça devrait nous rapprocher. Et pourtant, on s'éloigne. La fatigue nous prend. Il faudrait ramer à contre-courant, regagner la rive. La plupart des gens se laissent dériver, pendant que les jeunes font la fête, là-bas, sur la terre ferme. […] Passé quarante ans, on sent que la mort peut nous prendre quand elle veut. Chez certains, cette idée est tout simplement inadmissible. Elle leur donne l'impulsion nécessaire pour se jeter à l'eau, nager jusqu'au bord, et reprendre leur place au banquet. Ils veulent rester dans le coup. Créer des liens. Se donner du temps. Se sentir vivre. Ils ont le regard triomphant. C'est insupportable.

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Renseignements:
Mario Bélanger, Service des communications UQAR, 418-723-1986 poste 1426