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Collation des grades de l'UQAR, Rimouski, 31 octobre 2009
Remise d'un doctorat honorifique

Discours de Bernard Derome,
lors de la réception de son doctorat honorifique


5 novembre 2009

Hommage à Bernard Derome

Mesdames, messieurs, chers diplômés,

J’ai peine à trouver les mots, pourtant condition essentielle dans le métier que j’exerce, pour exprimer ma gratitude et ma reconnaissance profondes pour cet immense honneur que me confère l’Université du Québec. Et que cet événement magique se tienne à Rimouski me touche tout autant.

Derome BAujourd’hui, chers nouveaux diplômés, je me sens particulièrement près de vous. Cette journée est pour moi aussi, ma « collation des grades ». Le journaliste que je suis va vous exposer les faits.

À l’âge de 18 ans, j’ai fini par convaincre mon père d’abandonner mes études classiques, alors que mes deux sœurs aînées les avaient complétées, et de me laisser aller faire de la radio et de la télé à Rimouski, là où ont fait leurs débuts d’illustres icônes : Miville Couture, Raymond Laplante, Michel Garneau, Pierre Nadeau et j’ajouterais le nom de Michel Keable.

Hommage du recteur Michel Ringuet à Bernard Derome>


Mes deux ans et demi passés à Rimouski au début des années 60, ont été mes vraies années de formation à « CJBR radio et télévision ». Cette formation, je la dois à Sandy Burgess; d’ailleurs, une Fondation en journalisme vient d’être crée à son nom. Sandy, un homme coloré, imagé, un personnage sans pareil, mon mentor, pour tout dire. Cet homme qui m’a vite enseigné que la rigueur est un élément fondamental dans la vie.

Cette nécessaire rigueur vis-à-vis soi, d’abord pour devenir un homme et, comme l’a écrit St-Exupéry, « pour cultiver le seul luxe des relations humaines ».

C’est ici qu’a mûri l’idée du métier que je découvrais, des valeurs qui l’habitent, des valeurs qui, depuis, me guident dans mon parcours professionnel.

La valeur du travail, je dirais même « travail, à la puissance infinie », qui est gage de succès beaucoup plus encore que le talent.

Ne rien tenir pour acquis. Le « 20 fois sur le métier », de Boileau… « 20 fois sur le métier, remettez votre ouvrage », même lors de la préparation d’une 20e élection ou d’un 3e référendum.

L’instinct du journaliste, cette curiosité qui mène à toutes connaissances, au savoir. Ayons tout de même l’humilité d’admettre que le savoir est un processus vivant qui ne trouve jamais son parfait accomplissement.

La Fierté, aussi. La fierté d’avoir eu le privilège de présenter le Téléjournal durant autant d’années, d’avoir contribué à bâtir un rendez-vous quotidien que l’on veut être la référence, tout en restant sensible aux préoccupations et aux inquiétudes des gens.

Durant toutes ces années passées au Téléjournal, j’ai eu de la chance à bien des égards. En particulier, j’ai eu la chance de durer… Et pourquoi ai-je pu durer? Je le dois à un public indulgent et compréhensif. Je le dois également à des collègues compétents, qui on su généreusement contribuer à me mettre en valeur.

Dans une équipe, je n’ai jamais accepté que le mot « mesquinerie », pas plus que le mot « vedettariat » du reste, soient dans notre vocabulaire, même si le milieu journalistique est extrêmement compétitif.

Je le dois à de jeunes journalistes qui méritaient confiance et respect, et aujourd’hui plus que jamais, dans un environnement exigeant et où les places se feront rares.

Je me dois d’autant à cette même ouverture à l’endroit de la génération montante qu’en début de carrière, les Michelle Tisseyre, Wilfrid Lemoyne, Gérald Godin, Paul-Marie Lapointe ont été de formidables pédagogues.

Nous convenons tous que l’Information vit, en ce moment, de profonds bouleversements, sa « Révolution pas si tranquille », ma foi… Le déplacement du téléspectateur, de l’auditeur et du lecteur vers l’Internet, les nouvelles technologies, les blogues et la multiplication des plates-formes, ce qui a pour effet de fournir plus d’information que le client n’en a peut-être besoin.

Au risque de passer pour dinosaure, je vous dirais qu’avant cela, j’ai vécu l’époque « pré-cambrienne » du journalisme électronique. J’ai vu le début de la guerre du Vietnam sur des films noirs et blancs, et la fin de cette même guerre en couleurs.

Après le film, la vidéo est arrivée… Puis le satellite est apparu. Le passage de la dactylo à l’informatique…  La création des réseaux d’information en continu qui ont imposé impérieusement leurs règles…  Et maintenant, la caméra-web…

Je vois aussi, le cœur serré, ce qui est à la source même, le fondement de notre identité, et je parle de notre langue, je la vois être bien malmenée… Si on n’y prend pas garde, ce sont les structures mêmes de notre pensée collective qui seront menacées d’appauvrissement.

Le métier de journalisme a-t-il changé pour autant? Sur le fond, je vous dirais que non. Un journaliste doit être curieux, avide d’apprendre, donc, savoir écouter, avoir des réflexes, ce qui ne veut pas dire « tirer sur tout ce qui bouge ».

La démarche journalistique est donc la même. Ce qui a changé dans le métier, c’est le rythme. La vitesse avec laquelle on communique aujourd’hui est ahurissante…

Le mot «informer» vient du latin « infomare », qui veut dire donner une forme, une structure, une signification à quelque chose.

Mais avec l’Internet, c’est l’information à la carte… Quand je veux… Où je veux… Aussi longtemps que je le veux… Et sans garantie nécessaire de la valeur du contenu…

Comment départager la véritable information de l’opinion, du blogue, du « journalisme-citoyen », de l’information au « JE »? Où est la véritable démarche journalistique?

Les débuts de la télévision ont été marqués par une combinaison de création, de découvertes, de trouvailles. L’imagination primait. On inventait… Presque 60 ans plus tard, les normes, à mon avis, devraient être aussi exigeantes.

Et vous qui graduez aujourd’hui, c’est à cela que vous êtes conviés.

En cette période de crise économique, de morosité, de vide idéologique, et l’actualité est là pour nous rappeler, il y a un urgent besoin de créer des projets RASSEMBLEURS, des projets porteurs d’espoir, des projets que VOUS définirez mais qui permettront de recoudre une solidarité qui s’effiloche entre générations, et dont une société a tellement besoin. Des projets dans lesquels vous saurez qu’il est possible d’inventer, qu’il est nécessaire de s’engager en dépit d’un « certain cynisme » qui ne devrait pas être la norme.

Ne renoncez jamais à votre faculté d’indignation, à votre sens critique, et surtout, ne craignez pas de savoir vibrer. PENSER est devenu une denrée rare de nos jours, malgré l’accélération de la démarche, il faut encore prendre le temps… Prendre le temps de réfléchir…

Ce que je vous ai livré aujourd’hui, c’est ce que j’entends par service public. C’est l’objectif que je me suis fixé, qui me fait aimer mon métier et croire en sa relève.

Ce très grand honneur que vous me faites, je l’accepte humblement. Si je puis m’accorder un seul mérite, c’est que j’ai été MOTIVÉ. Et je le suis encore d’ailleurs.

Je vais laisser les derniers mots à Saint-Exupéry encore…

« L’avenir n’est jamais que du présent à mettre en ordre. L’avenir, on n’a pas à la prévoir, mais à le permettre. »

« Dans la vie, il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche; il faut les créer et les solutions suivent. »

À VOUS DE JOUER… Je vous remercie du fond du cœur.

 

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