Remise d'un doctorat honorifique
Hommage au journaliste et animateur Bernard Derome
par le recteur de l'UQAR, Michel Ringuet
2 novembre 2009

Au mois de mai 2009, monsieur Bernard Derome, ex-chef d'antenne du Téléjournal de Radio Canada, s’est vu octroyer la médaille d'honneur de l'Assemblée nationale afin de souligner l'ensemble de sa carrière journalistique. À cette occasion, monsieur Derome décrivait comme suit l’idéologie qui prévalait à la préparation quotidienne du bulletin d’information qu’il animait : « nous faisions ensemble [comprendre : avec son équipe] un bout de chemin dans l'éveil des consciences, dans l'ouverture d'esprit des Québécois pour la couverture de sujets, d'événements qui méritaient qu'on s'y arrête, non pas en raison des goûts du jour, mais à cause de la nature et de l'esprit de ces événements-là. » Cette citation rassemble les valeurs professionnelles de cet homme, et ces valeurs rejoignent les principes qui sous-tendent la mission même de l’UQAR, à savoir l’éveil et la sensibilisation de notre communauté aux réalités du monde, de façon à nous rendre tous et toutes plus aptes à contribuer activement au développement d’une société instruite.
Allocution de Bernard Derome> |
La carrière de Bernard Derome fut vouée à un objectif premier, celui de présenter aux téléspectateurs le véritable sens des événements et des enjeux qui ont marqué l’histoire, grande ou petite. Or, l’une des principales garanties de véracité que possède une information se trouve dans la confiance que nous avons en son émetteur. À travers les années, monsieur Derome a su gagner le respect des politiciens, artistes, commentateurs et experts, mais par-dessus tout, il est devenu un point d’appui, une référence unique pour les citoyens qui voyaient en lui un ami fiable au jugement irréprochable et qui s’assurait de livrer toute l’information. Fidèle à cette maxime empruntée de Voltaire puis de reprise par René Lévesque, « être informé, c’est être libre », il est devenu, par sa rigueur et son éthique professionnelles, l’homme des grands rendez-vous politiques, économiques et sociaux du Québec. Doit-on rappeler qu’il a présenté vingt-quatre élections fédérales et provinciales, ainsi que le référendum de 1992 sur les accords de Charlottetown et les deux référendums sur la souveraineté du Québec en 1980 et 1995? Sa présence au petit écran est ainsi devenue synonyme de continuité, de stabilité, mais surtout de crédibilité, gage d’une présentation des actualités nationales et internationales basée sur l’ensemble des faits, sans distorsion.
Rappelons, non sans fierté, que monsieur Derome a commencé sa carrière médiatique ici même, à Rimouski. En effet, il a obtenu son premier contrat en 1962, à la station CJBR de Rimouski. Certains se souviendront qu’il y a animé une émission dynamique qui avait, qui sait, déjà pour objet d’ouvrir, pour les citoyens et citoyennes de cette ville, une porte sur le monde par le biais de la chanson française, américaine et même britannique. Il rencontra à CJBR le grand journaliste et humaniste Sandy Burgess qui a sûrement contribué à le lancer dans la quête de l’excellence professionnelle qui le caractérise aujourd’hui. Deux ans plus tard, il se retrouve annonceur à Ottawa puis à Montréal et, en 1965, il fait ses débuts au service de l’information de Radio-Canada. En 1966, il fait ses premières entrevues à l'émission Aujourd'hui, aux côtés de Wilfrid Lemoine et de Michelle Tisseyre.
En pleine crise d'octobre de 1970, il devient présentateur-animateur du Téléjournal de Radio-Canada. Pendant ses 32 années aux commandes de ce journal télévisé, Bernard Derome a tenu à participer à la rédaction des nouvelles; il fut l’un des premiers présentateurs à le faire de façon systématique. Il s’est ainsi forgé une éthique d’impartialité, sachant contenir ses propres positions au profit d’un point de vue objectif et d’une information juste. Son engagement professionnel l’a incité à se rendre en Afghanistan en août 2007, malgré les risques évidents d’une telle mission. En effet, à peine une semaine plus tôt, le convoi dans lequel se trouvaient deux de ses collègues y avait été soufflé par une mine. À un confrère qui l’interrogeait sur les raisons d’une telle prise de risques, il a répondu : « Parce qu'au-delà du droit du public à l'information, il y a le devoir d'informer ». Outre sa carrière à la barre du téléjournal, monsieur Derome a toujours privilégié les activités professionnelles liées à l’information de la population sur les grands enjeux mondiaux, que ce soit à l’émission 5 sur 5 ou encore Le Monde, à RDI.
Monsieur Derome, vous avez consacré votre vie à la communication et à l’excellence journalistique, en personne convaincue que le droit à l’information fait partie des droits fondamentaux de l’homme du XXIe siècle. Vous avez su utiliser les médias comme instrument de démocratie, faisant ainsi du téléspectateur un citoyen plus avisé. Cette voie de conduite professionnelle vous a valu de nombreux honneurs, venus souligner votre contribution à la société québécoise et canadienne. Mentionnons, parmi les plus prestigieux, le prix Olivar-Asselin, en 1981, décerné à un journaliste québécois qui s'est démarqué dans la défense du français au Québec. En 1992, vous êtes le premier journaliste à recevoir le Grand Prix de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, section Québec. En 1994, afin de couronner votre dévouement exceptionnel envers la communauté et votre contribution remarquable à la nation, vous avez été nommé membre de l’Ordre du Canada, puis le Premier Ministre du Québec réitère en 2006 en vous décernant le titre d’officier de l’Ordre national du Québec avant de vous remettre la médaille d'honneur de l'Assemblée nationale au début de l’année 2009. Votre contribution à l’atteinte des idéaux de coopération et d'amitié de la Francophonie a également été soulignée lorsque vous avez été fait Chevalier de l'Ordre de la Pléiade, en 2000.
Le doctorat honorifique de l’Université du Québec que nous vous remettons aujourd’hui s’insère dans cette lignée de hautes distinctions. Cet honneur vous est conféré pour votre carrière exceptionnelle, à la fois comme journaliste et comme animateur. Non seulement représentez-vous un modèle de compétences et de qualité journalistique pour l’ensemble de la profession, mais votre éthique sans faille et votre grand professionnalisme dans le traitement de l’information ont su inspirer de nombreux diplômés ici présents. Par-dessus tout, le sens aigu du service public qui a fortement teinté votre brillante carrière rejoint les valeurs fondamentales et l’essence même de la mission de notre université. Tout comme notre institution, vous avez cherché à diffuser la connaissance dans tous les recoins du territoire, desservant ainsi les citoyens des régions périphériques avec une information complète, objective et leur livrant une ouverture concrète sur le monde. Vous avez également couvert à juste titre la réalité de ces régions et diffuser l’information pertinente qui en émanait, faisant ainsi de tous les Canadiens francophones, peu importe leurs origines, des membres actifs de la communauté. En grand communicateur que vous êtes, vous avez fait la renommée de l’information télévisée de notre société d’État tout en prenant soin d’atteindre et de représenter dignement tous les citoyens et citoyennes qui vous ont si assidûment suivi.
Ainsi nous osons croire que les têtes bien pensantes formées à l’UQAR et qui nous entourent aujourd’hui sauront, en vous prenant comme modèle, respecter une éthique professionnelle digne de votre héritage, fondée sur la rigueur de l’analyse et l’exercice du discernement dans la construction d’une solide crédibilité sociale.
Mesdames et Messieurs,
L’Université du Québec est fière et honorée d’octroyer un doctorat honoris causa, sous l’égide de l’Université du Québec à Rimouski, à Monsieur Bernard Derome.