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UQAR Lévis : remise d'un doctorat honorifique

Hommage du recteur Michel Ringuet
à
l'infirmière Élisabeth Carrier


Le 25 novembre 2009

Doctorat honorifique à Élisabeth Carrier

La présidente de l'Université du Québec Sylvie Beauchamp, Mme Élisabeth Carrier, et le recteur de l'UQAR Michel Ringuet.

Nous vivons, vous et moi, dans un monde confortable et sécuritaire, et les idoles que nous nous donnons sont le plus souvent des personnalités qui ont réussi, qui sont devenues célèbres grâce à leur talent en affaires, en politique ou dans les arts. L’occasion ne nous est pas souvent donnée de croiser la route d’un véritable héros, d’une personne qui a accompli à répétition des actes de bravoure et qui s’est démarquée par son courage face aux dangers essentiellement pour venir en aide à d’autres. En effet, l’altruisme et le don de soi semblent être des valeurs qui s’effacent sous la pression du culte de l’individualisme qui caractérise la société occidentale moderne.

Lire aussi l'allocution de Mme  Élisabeth Carrier >

L’UQAR vous propose aujourd’hui, à vous qui constituez l’avenir de notre collectivité, d’apprécier la grandeur du dévouement personnel d’une femme de coeur et de passion. Je vous présente aujourd’hui l’un des plus touchants visages que puisse revêtir l’héroïsme, celui d’une infirmière qui s’est dévouée corps et âme au bien-être des populations ravagées par l’instabilité civile, les conflits armés, les grandes catastrophes naturelles ou les famines endémiques. Le périple professionnel de cette soignante remarquable suit un itinéraire sinueux dont les escales correspondent aux lieux de tous les grands cataclysmes mondiaux de ces trente dernières années.

Parce que leurs contributions ont des incidences notables sur la santé de notre collectivité, les 70 000 infirmières et infirmiers du Québec sont une source d’inspiration quotidienne pour chacun de nous. Madame Élisabeth Carrier est de celles-là, et de façon particulière puisque son engagement professionnel l’a amenée à faire preuve d’un courage et d’un altruisme vraiment remarquables. La planète toute entière constitue son lieu de travail et son apport à l’amélioration des conditions de vie des peuples opprimés mérite l’estime et la reconnaissance de tous. Ses actions ont non seulement permis de sauver des vies et de soulager la souffrance physique et psychologique, mais elles ont aussi contribué au long et difficile processus de reconstruction communautaire de nombreux pays sinistrés.

Diplômée en soins infirmiers, madame Carrier a d’abord exercé sa profession auprès des autochtones et des communautés Inuits du Nord canadien. En 1979, madame Carrier joint les rangs de la Croix-Rouge, gardienne des conventions de Genève, et elle effectue dans ce cadre près d’une trentaine de missions humanitaires à l’étranger. Elle se rend en Irak pendant la guerre du Golfe et au Cambodge durant le génocide des années 80. Elle était en Afghanistan durant la guerre contre l’URSS et lorsque les rebelles moudjahidines ont pris le pouvoir en 1992, tout comme en 1995, dans le chaos qui a précédé la prise de pouvoir des talibans. De retour dans ce pays en 2001, madame Carrier s’est alarmée de la détérioration constante de la situation, particulièrement de la condition des enfants du pays.

Elle s’est rendue, entre autres, au Rwanda, au Liban, au Timor Oriental, en Haïti et en Géorgie où elle a travaillé auprès des survivants des mines anti-personnelles. Il lui fallait souvent évaluer les besoins de la population en eau potable et en nourriture ou encore commander et livrer de grandes quantités de fournitures, ce qui représentait des défis logistiques énormes en raison de l’insécurité, de la géographie difficile, du manque d’infrastructures ou, parfois, d’une météo peu clémente.

Faisant fi des contextes géopolitiques, madame Carrier a toujours consacré ses compétences et son dévouement à l’objectif ultime de pallier et de compenser, au moins momentanément, l’absence de ressources infirmières dans ces pays. Elle a ainsi prodigué des soins de qualité à des populations en situation de crise humanitaire, tout en n’ayant accès bien souvent qu’à des moyens extrêmement limités. En évitant systématiquement d’agir de façon interventionniste, elle a travaillé, comme infirmières sans frontière, non seulement à soulager des personnes touchées par la maladie et les blessures, mais également à établir des plans stratégiques de maintien de la santé et à développer des solutions durables pour l’organisation des soins communautaires.

On le voit, le métier d’infirmière s’exerce aussi bien lors d’événements critiques où l’on rencontre des gens qui élargissent notre regard sur le monde et nous font découvrir d’autres cultures, comme ce fut le cas pour madame Carrier, que dans l’environnement structuré du service public québécois où l’infirmière joue un rôle essentiel dans le maintien de la santé individuelle et collective.

Le rythme effréné que nous impose une vie professionnelle trépidante nous fait trop souvent oublier l’importance des valeurs humanitaires qui sont à la base du travail de l’infirmière. Le tout premier article du code de déontologie des infirmiers et infirmières du Québec nous le rappelle : « l’infirmière ou l’infirmier doit porter secours à celui dont la vie est en péril, personnellement ou en obtenant du secours, en lui apportant l’aide nécessaire et immédiate ». Devenir infirmier ou infirmière est un choix qui vient du coeur et qui demande des aptitudes et des valeurs bien ancrées dans le respect de l’être humain. L’UQAR est fière de contribuer à la formation de ces professionnels de la santé, notamment dans la région de Chaudière-Appalaches, formation à laquelle madame Carrier a d’ailleurs elle-même participé comme chargée de cours. C’est vous dire la grande qualité des personnes que nos étudiantes et étudiants peuvent côtoyer.

Madame Carrier, vous avez fait don d’un cadeau d’une extrême générosité en renonçant à la sécurité du Canada et en quittant votre famille et vos proches pour servir ailleurs, dans les environnements les plus hostiles. Au cours de vos missions, vous avez traversé de réels dangers, vous avez été un témoin forcé des pires crimes contre l’humanité. Et, malgré tout, vous persévérez, vous endossez toujours fondamentalement ces valeurs profondes qui vous poussent à retourner dans ces points chauds de la planète pour soulager, là où vous mènent votre éthique professionnelle et votre indéfectible sens du devoir. Vous êtes un exemple de compassion et de dévouement.

Vos actions, marquées au signe de l’engagement et de l’empathie, vous ont valu de nombreux honneurs. Vous avez notamment reçu la médaille Florence-Nightingale, du Comité international de la Croix-Rouge, et la médaille de la Reconnaissance française, après la publication de votre biographie. En raison de votre oeuvre humanitaire exceptionnelle, vous avez également été la première infirmière de la Croix-Rouge à recevoir l’insigne d’Officier de l’Ordre du Canada en 1998.

Le doctorat honorifique que nous vous remettons aujourd’hui est tout aussi méritoire. Cet honneur vous est conféré non seulement pour souligner votre carrière exceptionnelle, à la fois comme infirmière et femme d’action humanitaire, mais également pour vous identifier comme ambassadrice de cette noble profession qui est la vôtre et dans laquelle s’engagent nombre de nos diplômées et diplômés. Vous incarnez un modèle de compétences et de dévouement pour l’ensemble de la profession et pour l’ensemble de la société. Ce sens du service humanitaire qui vous a conduite à consacrer vos compétences scientifiques, vos efforts et votre vie au service des plus démunis mérite sans aucun doute toute notre reconnaissance et notre admiration collective.

Les têtes bien pensantes que nous formons et qui nous entourent aujourd’hui sauront sans nul doute s’inspirer de votre parcours personnel et professionnel, et réfléchir aux possibilités qui sont aujourd’hui les leurs de contribuer au bien collectif.

Mesdames et Messieurs,

L’Université du Québec est fière et honorée d’octroyer un doctorat honoris causa, sous l’égide de l’Université du Québec à Rimouski, à Madame Elisabeth Carrier.

Michel Ringuet, recteur

 

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Renseignements : Mario Bélanger, UQAR, 418-723-1986 poste 1426

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