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Conférence

Nancy Huston et les avatars du héros

Le 2 novembre 2009

Huston Nancy PHOTO: John Foley, Agence Opal

C’est sous le titre « Avatars du héros » que Nancy Huston, auteure polyvalente d’origine canadienne, a tenu sa conférence le 23 septembre dernier à l’UQAR campus de Rimouski. Laissant de côté sa production romanesque, Huston nous a entraînés sur des pistes qu’elle esquissait déjà dans certains de ses essais, tels que Professeurs de désespoir ou L’espèce fabulatrice, où elle réfléchissait sur les dangers de certaines attitudes absolutistes en création. Par l’entremise de ses observations sur les diverses représentations et transformations des personnages héroïques au sein de la littérature, elle entendait en présenter deux grandes tendances : celle des héros éclatants de la tradition antique et du monde romantique et celle des héros sombres du nihilisme littéraire, une doctrine pessimiste.

Dressant d’abord un portrait « éclatant » du héros romanesque traditionnel avec une légèreté désarmante, Nancy Huston nous a fourni une recette infaillible pour fabriquer un héros digne d’intérêt, intérêt qui dépendait alors… de son sexe. En effet, selon Huston, les modèles héroïques circulant à l’époque, tels que ceux des récits mythologiques, étaient surtout basés sur de valeureux personnages masculins provenant d’un milieu privilégié. Cette « recette héroïque » tombera en désuétude vers le XVIe siècle et laissera place au héros moderne, qui lui, pouvait représenter un être faible et imparfait, et même, être une femme! On assiste alors à un certain processus de « déshéroïsation » du personnage qui a comme corrélat l’héroïsation de l’auteur, attitude romantique par excellence.

Le « héros sombre », quant à lui, est reconnaissable par son goût pour la solitude, son penchant vers la souffrance, son mépris envers les femmes et l’engendrement ainsi que son refus de donner un sens à la vie. Huston a ainsi abordé les métamorphoses du héros tragique, causées entre autres par l’avènement de la modernité dévoilant le caractère arbitraire de la vie humaine et l’absurdité des guerres. Ce type de héros est davantage présent, d’après elle, dans le domaine théâtral, comme en témoigne la pièce Eleutheria de Beckett.

En guise de conclusion, Nancy Huston, n’a pas caché sa position antihéroïque (ahéroïque) et ses réserves à propos de tels procédés d’héroïsation. À maintes reprises lors de la conférence, elle a tenté de montrer à la fois les dégâts du modèle néantiste prônant la solitude et les impasses de la posture nihiliste faisant l’éloge du détachement, démolissant ainsi tout lien d’appartenance. En somme, il est inquiétant, selon elle, de croire en un rôle de héros solitaire et figé, puisque les personnalités humaines sont mouvantes et interdépendantes et que la littérature devrait avant tout permettre de s’ouvrir vers l’autre.

Marise Belletête

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Renseignements : Mario Bélanger, Service des communications, UQAR
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