Entrevue avec le recteur Michel Ringuet
Le 11 janvier 2010

Pour ce début d’année 2010, UQAR-Info fait un tour d’horizon avec le recteur Michel Ringuet, pour résumer les douze derniers mois et pour anticiper les douze prochains.
Q. En tant que chef d’établissement, quel bilan faites-vous de l’année 2009 ? L’incendie du mois de mai dernier a sans doute été un élément autant imprévisible que déstabilisant.
R. Ce bilan est somme toute satisfaisant. En fait, nous avons connu deux événements majeurs, à haut risque, qui auraient pu se conclure sur une note toute différente de celle, très encourageante, que nous avons connue. Je parle bien sûr d’une campagne de financement audacieuse et du pénible incendie du campus rimouskois.
En ce qui a trait à la campagne de financement, plusieurs pensaient qu’on ne pourrait jamais atteindre notre objectif de 11 millions $. C’était une cible ambitieuse. Au terme de la campagne, nous avons dépassé le cap des 13 millions $. C’est un indicateur très motivant de l’appui que l’Université reçoit de la communauté universitaire et des milieux régionaux. En même temps, cela représente de nombreux défis à relever pour les prochaines années, afin d’utiliser cet argent avec pertinence, au service des étudiants et de la recherche.
Quant à l’incendie du mois de mai 2009, il s’agit d’une épreuve difficile qui a causé bien des désagréments à toute la communauté. Ça aurait pu être catastrophique pour l’UQAR. Heureusement, nous avons eu beaucoup d’appuis : le Ville a accéléré le traitement des permis de construction. Le Cégep de Rimouski nous a ouvert ses portes. Les équipes de pompiers, d’assureurs, de gestion en sinistre et d’entrepreneurs ont fait un travail remarquable. Je dois aussi féliciter grandement tout le personnel, en particulier le Service des terrains, bâtiments et équipement. Tous ont compris que nous avions une épreuve à traverser et qu’il fallait redoubler d’efforts et faire preuve de patience et de compréhension à l’égard des collègues. Je suis heureux de voir que tout est maintenant revenu à la normale, ou presque.
Paradoxalement, les travaux à faire dans les suites de l’incendie ont accru positivement l’activité économique dans la région de Rimouski. L’UQAR et l’entreprise Gérald Albert ont remporté, ex-aequo, le Prix entreprise de service de l’année au Gala de la Chambre de commerce et de l’Association des marchands de Rimouski.
Q. Quelles sont les autres réalisations de l’année qu’il est important de souligner?
R. En recherche, l’UQAR a obtenu en 2009 un total de 19 millions $ en subventions. Ce sont de grosses sommes qui s’avèrent très stimulantes dans un milieu universitaire. Le taux de succès de nos nouveaux professeurs pour obtenir des subventions est élevé, ce qui représente un bon indicateur pour l’avenir. En plus de la douzaine de chaires de recherche en activité, nous avons trois nouvelles chaires de recherche du Canada qui sont en préparation et qui pourraient éventuellement être lancées dans la prochaine année.
Du côté des infrastructures, l’Université a obtenu du Programme d’infrastructure du savoir près de 8 millions $ pour différents projets : d’une part, construire un nouveau pavillon de laboratoires, ce qui va améliorer notre capacité de recherche et de partenariat avec le milieu, d’autre part, apporter des améliorations essentielles à la Station aquicole de Pointe-au-Père, au remplacement du réservoir d’eau de cette station, et aussi au navire Coriolis II, et enfin, rénover l’amphithéâtre et aménager une salle multifonctionnelle à la bibliothèque de Rimouski. En plus, nous avons obtenu une subvention de 3 millions $ de Développement économique Canada pour des équipements de recherche.
Je suis très fier du nouvel amphithéâtre F-215, qui a été inauguré en décembre. Cette salle multifonctionnelle de 280 places constitue une belle réussite visuelle et sonore. Avec la vidéocommunication, nous pourrons enfin organiser des activités conjointes majeures entre les deux campus de Rimouski et de Lévis, à partir de leurs amphithéâtres respectifs.
Dans les réalisations de l’année 2009, je souligne aussi la mise au point d’un nouveau système de gestion administrative et les travaux de mise à jour du SIGER, sur la gestion du dossier étudiant.
Nous avons revu la gouvernance académique de départements implantés sur les deux campus. Le dossier n’est pas finalisé, mais le modèle qui a été développé accorde une prise en charge locale pour certains mandats, par exemple pour la gestion de l’offre de cours, tout en conservant une structure sectorielle générale. C’est important d’offrir des programmes d’études qui ont les mêmes paramètres à Rimouski et à Lévis, mais on veut en même temps responsabiliser chacun des sites en regard des opérations et de la gestion des tâches.
Enfin, durant la dernière année, nous avons signé de nouvelles conventions collectives avec les chargés de cours et le personnel de soutien. Et nous souhaitons conclure les négociations avec les professeurs dans les meilleurs délais.
Q. Du côté de la formation, sur quoi faut-il porter notre attention?
R. Je suis très heureux de voir le succès que connaît le programme de baccalauréat en travail social, à Rimouski et à Gaspé. Nous répondons à un besoin de la société. D’autre part, nous relançons actuellement le programme de baccalauréat en chimie de l’environnement et des bioressources, pour accueillir des étudiants en septembre prochain. C’est un programme très moderne et les besoins de tels spécialistes sur le marché du travail sont réels.
Du côté de Lévis, nous avons développé un bon potentiel en formation continue avec des activités de perfectionnement en hygiène et salubrité, et depuis peu, en gestion de projet pour les fonctionnaires de la grande région de Québec. C’est un créneau qui a de l’avenir pour nous.
Nous sommes interpellés dans la région de la Beauce pour offrir davantage de formations universitaires à Saint-Georges, en collaboration avec le Centre universitaire des Appalaches et l’Université Laval.
À Rimouski, nous jouons déjà un petit rôle dans les services para-académiques offerts aux étudiants en médecine de l’Université Laval qui viennent poursuivre leur formation en région. Nous discutons présentement d’une implication accrue de l’UQAR dans le secteur de la santé.
Enfin, nous avons intensifié nos activités de développement pédagogique pour les professeurs et chargés de cours, ce qui devrait avoir un effet bénéfique sur la réussite des étudiants.

Q. Le recrutement de nouveaux étudiants continue d’être le nerf de la guerre pour une université. Sur quoi l’UQAR orientera-t-elle sa stratégie dans ce domaine?
R. Cette année, le nombre de nouveaux inscrits à temps complet au baccalauréat a connu une chute au campus de Rimouski. C’est une ombre à notre tableau, et c’est certainement en partie dû à l’incendie. Nous avions un taux très satisfaisant de nouvelles inscriptions entre mars et mai, mais au cours de l’été, le nombre de nouveaux étudiants a plafonné alors que traditionnellement il continuait à croître. Les étudiants qui fréquentaient déjà l’UQAR ont continué leurs études, ils nous ont fait confiance, mais les nouveaux étudiants, qui hésitent à choisir leur université, ont peut-être été craintifs par rapport aux suites de l’incendie.
En 2010, nous devrons donc concentrer nos efforts dans le recrutement, démontrer aux étudiants des collèges que tout est en place pour bien les accueillir avec des programmes de qualité. Nous voulons nous rapprocher des cégeps, en particulier ceux de l’Est du Québec, pour mieux faire connaître la diversité et la pertinence de nos programmes. Nous pouvons aussi améliorer notre soutien financier aux étudiants, offrir de nouveaux stages en entreprises. Il faut être proactif.
Q. L’UQAR fait aussi du recrutement à l’international. C’est toujours une avenue importante?
R. Oui. Le bilan démographique de nos régions nous incite à recruter ailleurs, là où des étudiants en grand nombre souhaitent fréquenter une université comme la nôtre. Actuellement, nous avons plus de 300 étudiants internationaux. Je pense qu’il faudra bien cibler certains partenariats, qui auront des retombées positives. La France continue d’être un marché important, naturel. Nous venons d’accueillir, en novembre, une délégation de l’Université catholique de l’Ouest (Angers) avec qui nous avons des affinités.
Pareillement, j’ai participé, au début décembre, en tant que chef de mission, à une délégation en Guadeloupe et en Martinique, avec des représentants des Universités du Québec à Montréal et à Trois-Rivières. Nous avons rencontré les hautes instances décisionnelles en milieu éducatif. Pas moins de 800 étudiants ont pris des renseignements. J’ai senti un grand intérêt chez eux à faire des études outre-mer. Ce sont des étudiants très motivés. Le Québec, où l’on parle français, peut devenir une destination très prisée. En fait, il faut concentrer nos efforts sur certains lieux, se bâtir une réputation et trouver des avenues facilitantes pour les candidats intéressés.
Ce voyage a également ouvert une porte sur un projet intéressant : nous explorons la possibilité d’utiliser le navire Coriolis II comme bateau de recherche dans les eaux des Antilles au cours des mois d’hiver. Au lieu de garer le navire de novembre à avril, celui-ci serait utilisé à l’année, l’été dans le Saint-Laurent et l’hiver dans les Antilles. Ce serait une belle façon d’optimiser l’usage du navire et, pour la recherche, d’établir des partenariats avec l’Université Antilles-Guyane pour comparaison de nos milieux maritimes respectifs.
Q. L’UQAR est également présente dans les régions environnantes par diverses collaborations. Comment résumer ce volet?
R. Dans le milieu que nous desservons, nous avons établi plusieurs activités de collaboration. Avec des organismes du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, nous avons des projets dans les domaines de la forêt, de la mer ainsi que dans la tourbe. Nous avons des ententes de partenariat avec les Cégeps de Rivière-du-Loup (usine pilote) et de La Pocatière (soudage au laser). Dans le domaine des projets éoliens, une équipe de l’UQAR accompagne les municipalités dans leur cheminement pour définir les conditions gagnantes et identifier les irritants. Aux Îles-de-la-Madeleine, nous sommes impliqués dans le CERMIM, qui s’intéresse aux milieux insulaires. Ces quelques exemples démontrent le genre de présence concrète que l’UQAR peut avoir dans le milieu.
Q. Dans la ville de Rimouski, la question du transport en commun est devenue une priorité. Est-ce que c’est important pour l’UQAR?
R. Oui. J’apprécie que le conseil municipal soit bien sensibilisé à cette question. Je suis prêt à collaborer pour trouver les meilleures solutions. L’Association étudiante de l’UQAR est active dans le dossier. Les étudiants ont des horaires très variés. Ils ne résident pas tous à proximité du campus. C’est certain qu’un transport en commun mieux développé serait un facteur positif pour répondre aux besoins des étudiants.
Q. Du côté de Lévis, c’est surtout le stationnement qui pose problème. Il manque parfois de places pour les automobiles.
R. Ça arrive à certaines périodes de la semaine que les stationnements sont rares. D’une part, il doit y avoir des améliorations au transport en commun. Des discussions sont en cours pour qu’un autobus fasse le trajet directement entre la rive-nord de Québec et Lévis (campus de l’UQAR et cégep). Mais il nous faut aussi considérer un agrandissement du stationnement et là aussi des solutions sont examinées avec la ville et un promoteur.
Q. L’année 2010 représente aussi le début d’un nouveau Plan d’orientation stratégique pour l’UQAR.
R. Oui, nous voulons développer un nouveau Plan, pour les années 2010 à 2015. Une réflexion sera donc lancée auprès de la communauté universitaire et du milieu régional. Il faut réfléchir à ce que nous voulons devenir comme université, en tenant compte des enjeux que constituent par exemple la démographie, l’utilisation des nouvelles technologies comme véhicule d’information et de formation, en tenant compte aussi de notre présence sur un vaste territoire, de la dynamique Lévis-Rimouski, etc. Je vous convie tous à cette grande réflexion dans l’année 2010.
par Mario Bélanger