Entrevue avec Lily Lessard sur la pratique infirmière en région isolée
Pour une reconnaissance des compétences et du savoir des infirmières travaillant en rôle élargi
Le 18 décembre 2009
Maintenant professeure en sciences infirmières depuis 2008 au campus de l’UQAR à Lévis, Lily Lessard a auparavant travaillé comme infirmière dans différents milieux du Québec isolé, notamment au Nunavik.
« La majorité de la population québécoise occupe environ le 1/5 du territoire. Le reste, habité par environ 80 000 personnes vivant dans de petites agglomérations dispersées sur un immense territoire, constitue le Québec isolé. De plus, le Québec isolé est multiculturel puisqu’environ 50% de sa population est d’origine autochtone », nous informe Madame Lessard. « Les régions isolées, ce n’est pas qu’une réalité, mais plutôt une mosaïque de réalités. Si certaines régions se vident de leurs habitants en raison du manque d’emploi et de perspectives futures pour les jeunes, ainsi que le vieillissement des populations, d’autres possèdent plutôt les records de croissance démographique en raison de forts taux de natalité, surtout chez les autochtones. Ces changements influencent nécessairement l’état de santé des populations. »
Dans les régions isolées, l’organisation des services de santé est différente
que celle que l’on retrouve ailleurs dans la province. D’abord, la gamme de services offerts est évidemment plus limitée et repose surtout sur des services de première ligne et communautaires. Les intervenants en santé, peu nombreux, sont donc tenus de remplir plusieurs fonctions pour faire face à toutes les situations qui pourraient se présenter. La pression peut être considérable, d’autant plus que la formation initiale de ces intervenants n’est pas toujours adaptée au travail dans ces contextes. De plus, l’accès à la formation continue est difficile en raison des distances et d’une disponibilité limitée des technologies de l’information.
Toutefois, il existe plusieurs avantages à travailler comme infirmière dans les régions isolées, rappelle Mme Lessard. « Les responsabilités sont grandes lorsqu’on est confrontés à toutes sortes de problèmes. On doit souvent se débrouiller avec le minimum. Aussi, ces situations nous amènent à développer notre leadership, à faire preuve d’autonomie et à prendre notre place comme professionnel de la santé. Il est stimulant d’avoir l’impression d’aller au bout de ce pour quoi nous avons été formés. » Elle ajoute aussi que « plusieurs innovations naissent parfois des pénuries de ressources.
Par ailleurs, les services offerts aux populations du Québec isolé sont parfois plus individualisés et teintés d’une grande humanité. » Pour elle, il est important de promouvoir certaines pratiques et initiatives qui font leur preuve et qui pourraient constituer des avenues prometteuses pour le reste du système de santé québécois. Dans sa nouvelle carrière de professeure-chercheure, elle continue à s’intéresser aux contextes de pratiques particuliers des intervenants de la santé des régions isolées. Elle fait notamment partie de l’équipe de chercheurs du Projet Trajectoire qui vise à mieux comprendre la contribution des services offerts au Nunavik et sur la Basse-Côte-Nord au bien-être des personnes vivant avec des problèmes de santé mentale. Ce projet de recherche, qui est financé par les Instituts de recherche en santé du Canada et le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, s’inscrit notamment dans le cadre des préoccupations et des activités du nouveau Laboratoire de recherche sur la santé des régions (LASER) de l’UQAR. Vous pouvez consulter le site du Projet Trajectoires.
Marise Belletête
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Renseignements : Mario Bélanger, Service des communications
418-723-1986, poste 1426