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Lecture

La grande aventure de la langue française

22 janvier 2008

Livre aventure langue françaiseAlors que plusieurs s’inquiètent de l’avenir de la langue française, voilà que deux auteurs, les journalistes Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau, proclament, sur 500 pages, que le français est une langue internationale de premier plan et qu’elle peut encore offrir des fruits savoureux. Ce livre s’appelle La grande aventure de la langue française. Il est paru récemment en français chez Québec Amérique, après avoir connu un succès dans sa version anglophone, sortie un an avant… (Un peu curieux, non?).

Le français est parlé par 200 millions de personne sur la planète, ce qui en fait la 8e langue au monde par le nombre de locuteurs. Mieux encore, le français est une langue officielle dans 33 pays différents. Seul l’anglais fait mieux avec 45 pays! Le français est enseigné chaque jour à 100 millions d’élèves, répartis dans presque tous les pays du monde. Et il continue d’être une langue incontournable en littérature, en science, dans le commerce ou en diplomatie. Plus encore, devant l’anglais qui prend tant de place, les deux auteurs affirment que le français demeure indispensable pour offrir «une vision du monde différente».

Barlow et Nadeau ont parcouru l’histoire du dernier millénaire pour nous expliquer comment s’est développée, à partir du latin, cette langue majestueuse, mais souvent capricieuse qu’est le français.

Par exemple, d’où vient donc cette idée que le français est une langue aristocratique, pompeuse? Pour comprendre, il faut lire les pages sur François de Malherbe, ce poète et avocat qui, au début des années 1600, avant même la création de l’Académie française, avait senti le besoin de corriger la langue, de la purifier. Il prêchait des valeurs de clarté, de précision et de rigueur. L’idée semblait même progressiste à l’époque, car un besoin de normaliser se faisait sentir, considérant que seulement 15% des citoyens de France parlaient vraiment la langue de Paris. Ailleurs, on parlait dans des dialectes régionaux: normand, wallon, occitan, etc. Par contre, l’attitude hautaine, intransigeante de Malherbe a causé un tort certain au français: selon ce dernier, emprunter aux autres langues était un signe d’ignorance; inventer des mots nouveaux était inadmissible; utiliser des régionalismes était malsain… La situation était bien différente du temps de Rabelais, un siècle plus tôt, alors que la langue s’empiffrait joyeusement à tous les plats.

Le livre de Barlow et Nadeau démolit agréablement la thèse des puristes sur la fixité du français (chapitre 17). Le français, est-il démontré, n’est ni allergique aux néologistes ni à la féminisation des mots. L'ouvrage explique aussi brillamment comment la mise en place de quotas pour diffuser des films et de la musique radiophonique en langue française, tant au Québec qu’en France, a contribué à la production de nombreux succès artistiques.

Les auteurs de ce livre nous conduisent aussi dans la géographie de la langue française. Avec eux, on parcourt le monde. Les anecdotes qu’ils nous livrent sur le français d’Europe, d’Afrique ou d’Amérique sont éclairantes sur l’état de la langue, qu’il soit question des différents argots, des échanges culturels ou des grands sommets de la Francophonie. C’est impressionnant aussi de constater la présence concrète du réseau Alliance française dans de nombreux pays à travers le monde.

Une langue mineure, le français? On ne lève quand même pas le nez sur une langue qui a donné naissance au système métrique, au thermomètre, au tableau des éléments périodiques en chimie, à la montgolfière, aux pneus d’auto, à la motoneige, à la poubelle, à l’art dentaire moderne, à la première calculatrice, à la guillotine (!), et à combien d’autres inventions. C’est en français qu’ont été mis au point: le cinéma, la photographie en couleurs, la fibre optique, la télévision à haute définition, Tintin et Astérix, la carte à puce, la gauche et à la droite (en politique), le code civil, la grève, l’alphabet braille, la tour Eiffel, la statue de la Liberté, le Cirque du Soleil, etc.

Certains auteurs de prestige, nés dans une autre langue que le français, ont fait leur entrée dans la littérature mondiale en étant découvert par des éditeurs français: Milan Kundera, Nancy Houston, Andreï Makine, François Cheng. Pendant ce temps, les États-Unis ont tendance à fermer les écoutilles devant les auteurs de langues étrangères. Heureusement, le français existe!

Malgré ses grandes qualités, le livre peut donner l’impression que les auteurs mettent occasionnellement des lunettes roses. Par exemple: les auteurs signalent (chapitre 15) que les francophones des autres provinces du Canada ont amélioré leur sort depuis l’instauration de droits linguistiques reliés au bilinguisme. Très bien. Par contre, pas un mot sur le fait inquiétant qu’à Montréal, la moitié des immigrants optent pour l’anglais au quotidien. Pareillement, on sait que l’usage du français aux Jeux olympiques, en tant que langue officielle avec l’anglais, a tendance à décroître. Le livre aborde à peine ce problème. On verra bien, à l’été 2008 à Pékin, comment s’en sortira le français, entre les géants que sont l’anglais et le chinois…

Néanmoins, le livre démontre que le français est bien vivant, capable de s’adapter aux réalités modernes. Selon les deux auteurs, les gens continueront d’apprendre le français si celui-ci leur «donne accès à des choses utiles, productives, stimulantes ou magnifiques». Allez, au travail!

Mario Bélanger

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Renseignements:
Mario Bélanger, Service des communications, UQAR, (418) 723-1986 poste 1426
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