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Nous célébrons un rapprochement
entre deux régions et deux universités ayant des affinités
environnementales et scientifiques évidentes.
L'Université du Québec décerne aujourd'hui, sous l'égide de l'Université du Québec à Rimouski, un doctorat honoris causa à Monsieur Jean-Yves Gautier, éminent chercheur et pédagogue de l'Université de Rennes. Dans un éloge auquel je m'associe d'emblée, le recteur Couture rappellera tout à l'heure toutes les raisons que nous avons d'honorer Monsieur Gautier. Je tiens tout de même dès maintenant à le féliciter très chaleureusement et à lui dire notre reconnaissance, au double sens où nous témoignons de sa contribution et où nous l'en remercions.
Il y a, dans la cérémonie qui nous rassemble aujourd'hui autour du professeur Gautier, plusieurs renvois de signification qui méritent notre attention. Bien sûr, nous célébrons au premier chef une contribution scientifique et pédagogique d'une exceptionnelle qualité, mais le contexte de cette contribution et de sa reconnaissance est également porteur de riches significations. En effet, nous célébrons aussi aujourd'hui un rapprochement important entre deux régions et deux universités ayant des affinités environnementales et scientifiques évidentes. Du coup, nous affirmons avec force la capacité nouvelle qu'offre la mondialisation, par-delà les frontières des nations et des états, de s'associer et de se conforter. Permettez-moi de partager avec vous quelques-uns des enseignements qui me semblent se dégager de ce nouvel ordre des choses en émergence.
Dès l'origine, l'université occidentale a été une institution à caractère international. D'un bout à l'autre de l'Europe, des maîtres et des étudiants se sont rassemblés, souvent regroupés en «collèges» et en «nations» au sein d'une communauté - «universitas», selon le sens ancien du terme - très souvent placée sous la protection impériale, royale ou pontificale, pour exercer librement la «licence» d'enseigner, d'échanger et de se former. L'ouverture internationale de l'université n'est donc pas un phénomène récent. L'université a même, et à maints égards, montré la voie en la matière, comme en témoigne la longue tradition de circulation internationale des étudiants et des maîtres, très vivante bien avant qu'on commence à parler de mondialisation et de globalisation.
Il importe, cependant, de discerner la nouveauté de l'environnement mondial actuel et ses effets nouveaux sur notre façon de vivre cette vocation fondamentalement internationale du savoir et de l'institution universitaire. En effet, l'université est actuellement interpellée bien au-delà de la seule circulation des personnes, encore que, j'y reviendrai, celle-ci soit plus nécessaire que jamais. Ce à quoi nous assistons, c'est à une sorte de maillage scientifique qui n'a plus guère à voir avec les découpages des nations et des états. Tout se passe comme si, grâce aux communications devenues instantanées, étaient à se créer des réseaux d'intérêts et d'affinités autour de travaux convergents et complémentaires. Et sans qu'on puisse juger de leur valeur sur la seule foi de leur situation géographique ou géopolitique. Des régions et des sous-régions de la planète, émergent actuellement des potentiels de recherche et de formation qui s'affirment, se rapprochent, font alliance, un peu comme des dispositifs à géométrie variable.
Ce qui se passe entre Rennes et Rimouski illustre bien cela. Bien sûr, il y a de part et d'autre de nombreux points de ressemblance et de convergence, à commencer par l'environnement, le rattachement à une même culture d'origine et le partage d'une même langue première. Mais il y a plus. Il y a telle chose que des convergences d'intérêt scientifique et des possibilités de renforcement réciproque. Au-delà des frontières nationales et étatiques, deux régions peuvent ainsi nouer des alliances et affirmer, au sein et au-delà de leurs grands ensembles d'appartenance, des personnalités qui confirment la possibilité et la capacité de respecter et de promouvoir la diversité culturelle. La dynamique de l'Union européenne illustre déjà ces nouvelles opportunités offertes aux «régions européennes», et nous n'en attendons pas moins, ici, de l'ALÉNA et de ses élargissements à venir.
Ces compagnonnages nouveaux ne sont pourtant pas bucoliques en tous points. Ils sont aussi le lieu d'une compétition aussi stimulante qu'exigeante; nous la souhaitons tous amicale, cette compétition, mais nous savons aussi qu'elle peut être féroce. Nous l'éprouvons maintenant quotidiennement: il n'y a plus d'abri de protection pour l'exercice de la recherche et de la formation universitaires. Tous, étudiants, professeurs, administrateurs, nous sommes engagés dans un circuit mondial du savoir, où la valeur ajoutée est perçue et jaugée de plus en plus rapidement. En même temps, d'énormes possibilités s'ouvrent, car cette nouvelle «exposition» s'accompagne d'une aptitude à reconnaître, au mérite et sur pièce, et d'où qu'elles viennent, la valeur des contributions des uns et des autres. Les volontés persistantes de hiérarchiser a priori les lieux d'émergence du savoir tiennent beaucoup du raidissement et de la crispation de fin de régime: c'est que la «menace» d'excellence peut maintenant surgir de partout.
Ce nouveau contexte international de l'université comporte d'énormes exigences pour tous ceux qui interviennent dans la chose universitaire. Il y aurait beaucoup à dire sur la conscience qu'on en a ou qu'on en a plus ou moins au sein des gouvernements. En effet, les politiques de financement actuellement pratiquées compromettent dangereusement la capacité même de nos universités de tenir leur rang et de participer aux circuits mondiaux du savoir. Si on pense bâtir ainsi une vraie force scientifique nationale, on se prépare des réveils bien amers. Mais - à chacun ses devoirs -, nous avons aussi nos incessibles responsabilités en matière d'échange et de maillage international, notamment dans tout ce qui concerne la circulation de nos étudiants. À cet égard, je me réjouis de voir ici, à Rimouski, un nombre croissant d'étudiants venus d'ailleurs, notamment de Rennes. Permettez-moi seulement de souhaiter que les étudiants et les étudiantes de l'Université du Québec à Rimouski s'engagent aussi résolument dans cette voie. Il y a maintenant un devoir institutionnel de favoriser ces mouvements. Ayant été de ceux qui, «dans le temps», ont pu bénéficier d'immersions déterminantes dans des centres étrangers, je n'hésite pas à appuyer avec conviction les pratiques d'échange d'étudiants.
L'accueil des étudiants venus d'ailleurs fait maintenant partie des stratégies de maillage et d'expansion de plusieurs pays. Ces étudiants sont devenus une sorte d'«or gris» qu'on a raison de se disputer, parce que ceux qui accueillent ont raison de se considérer de plus en plus comme les gagnants, convaincus de bâtir ainsi leur propre participation à l'économie de demain. Je souhaite que nous conjuguions nos efforts pour élargir le nombre de ceux qui, dans les milieux gouvernementaux et dans la population, comprennent qu'il est avantageux d'accueillir les étudiants venus de l'extérieur. Un souci trop mathématique de la «réciprocité» pourrait, à cet égard, fausser complètement les perspectives et se révéler aussi mesquin que contre-productif.
Je m'arrêterai ici, même s'il y aurait encore beaucoup à dire sur des questions qui touchent le cœur même de l'activité universitaire tout autant que des dimensions essentielles de son exercice dans le monde nouveau qui se construit. Votre présence parmi nous, Monsieur Gautier, porte et suggère ces évocations et ces interpellations. Merci d'en témoigner avec autant de force et d'amicale séduction.
Je vous remercie de votre attention.
En titre à l'université de Rennes I depuis 1981, le Professeur de première classe Jean-Yves Gautier est l'un des maîtres d'oeuvre de l'écoéthologie en France. Tout au long de sa carrière, ce pédagogue chevronné a développé des méthodes d'enseignement témoignant d'une originalité et d'un sens de l'innovation que l'on retrouve tout autant dans ses activités de recherche. Le professeur Jean-Yves Gautier s'est toujours investi dans le développement d'équipes, aussi bien dans son université d'attache que dans les instituts de recherche oeuvrant dans les domaines de l'éthologie et de l'écologie, en France comme à l'étranger.
Élève du Professeur Gaston Richard, responsable de l'introduction et du développement de l'éthologie en France, il devient assistant au laboratoire d'éthologie en 1961. Dans le cadre de cette première fonction, il met sur pied des enseignements pratiques et des stages de terrain appropriés. Rattaché à la station biologique de Paimpont dont il est l'un des fondateurs, il développe un enseignement d'éthologie intégré à celui de l'écologie. En 1974, après la soutenance de sa thèse de doctorat d'État et tout en poursuivant ses activités d'encadrement de stages à la station biologique de Paimpont, il commence à participer à des enseignements théoriques en « sociologie animale » ainsi qu'en « sociologie et évolution » destinés aux étudiants de maîtrise et du diplôme d'études approfondies.
Nommé professeur en 1981, Jean-Yves Gautier voit s'accroître ses responsabilités en matière d'enseignement et il participe à la mise en place des programmes concernant la filière des sciences biologiques à l'université de Rennes (Diplôme d'études universitaires générales, Licence, Maîtrise et Diplôme d'études approfondies). Son enseignement couvre actuellement l'ensemble des cycles d'études universitaires dans deux filières en particulier: la biologie (évolution et adaptation des espèces, physiologie comportementale) et la psychologie (neurosciences comportementales, développement des comportements et éthologie comparative).
En cherchant à comprendre la valeur adaptative des comportements, point de départ de sa recherche, le Professeur Gautier a eu l'immense mérite d'avoir su rapprocher les éthologistes et les écologistes pour définir et créer ce qui s'appelle aujourd'hui l'approche écoéthologique. Tel est le point nodal de sa carrière. Cette démarche a en effet eu des implications fondamentales sur le développement de la recherche et de l'enseignement en biologie à l'université de Rennes. Au niveau national, cette dimension écoéthologique constitue aujourd'hui encore la spécificité rennaise. Étendant son rayonnement au-delà du système rennais grâce à ses compétences en sciences du comportement, le Professeur Gautier a par ailleurs été appelé à promouvoir l'intégration de la dimension comportementale dans l'enseignement et la recherche au sein d'institutions de haut savoir telles que l'Institut National de Recherches Agronomiques (INRA) et les écoles vétérinaires.
La publication de son livre Socioécologie l'ayant fait reconnaître comme un des grands spécialistes internationaux en écoéthologie, Jean-Yves Gautier a récemment mis en place à Rennes un enseignement de biologie évolutive en accord avec les grandes tendances internationales.
Il nous importe de souligner que, malgré sa notoriété personnelle, le Professeur Gautier a su rester un pédagogue à l'écoute des étudiants, quel que soit leur niveau d'études. Toujours disponible, il porte une oreille attentive à leurs problèmes et à leurs interrogations tout en les aidant et en les conseillant judicieusement dans leur cheminement universitaire et leur future carrière.
En contrepoint à ses activités d'enseignement, les activités de recherche du Professeur Gautier font de lui un pionnier à plusieurs titres.
En plus d'avoir participé très activement à l'introduction et au développement de l'éthologie (étude du comportement animal) en France, il est reconnu par ses pairs comme un personnage marquant de cette discipline; cette réputation n'est pas étrangère au fait qu'on lui ait demandé de présenter un bilan et de brosser un tableau sur les perspectives d'avenir de l'éthologie, en collaboration avec Georges Bearends et Paul Leyhausen, deux fondateurs de l'éthologie moderne.
Son apport essentiel aura consisté à établir un pont entre l'éthologie et l'écologie avant même que la discipline, aujourd'hui connue sous le vocable d'écologie comportementale, ne voit le jour. Ainsi ses travaux sur l'écologie comportementale des Blattes ont-ils été suffisamment marquants pour faire l'objet d'un chapitre dans un livre de référence traitant de l'écologie du comportement social, publié chez Academic Press par C.N. Slobodchikoff. Sa démarche originale et novatrice a par ailleurs conduit Jean-Yves Gautier à rédiger deux ouvrages d'importance: Écoéthologie et Socioécologie. Le premier, publié en 1978, est un ouvrage collectif dont il est le premier auteur. L'objectif de ce volume est de fusionner les domaines relevant de l'éthologie et de l'écologie dans le but d'exposer la complexité fondamentale de l'évolution des organismes. L'utilisation du milieu dans l'espace et dans le temps fait appel à la notion de systèmes biologiques autoréglés, développée par Piaget, puis reprise en biologie par von Bertalanffy et en éthologie par Bateson et Hinde. Cette synthèse met de l'avant les talents de communicateur de l'auteur qui aide ainsi à comprendre des concepts ardus en les présentant de façon simple et logique.
Le second ouvrage, intitulé Socioécologie: l'animal social et son univers, paru en 1982, cherche à montrer à quel point les niveaux individuel et collectif sont indissociables dans les « sociétés ». Après les controverses qu'avait suscitées le célèbre Sociobiology de E.O. Wilson, paru en 1975, J.-Y. Gautier a voulu explorer autrement les relations animal-environnement. Il aborde le comportement social dans sa globalité en intégrant à cette synthèse métabolisme individuel, activité sociale, temps et environnement. Il fait aussi ressortir que le milieu n'impose pas une solution unique à l'animal, mais qu'il en tolère plusieurs à l'intérieur de certaines balises.
Il faut reconnaître que cette façon de percevoir le comportement social était visionnaire pour l'époque puisque l'importance et la signification biologique de la variabilité intraspécifique dans les systèmes sociaux n'ont en fait été vraiment reconnues qu'au début des années 1990 (voir Lott 1991). Une autre originalité de l'ouvrage tient dans le fait que son auteur traite le comportement social sous l'angle de sa maturation dans le temps, aspect peu abordé, même encore aujourd'hui, en sociobiologie.
Le Professeur Gautier a aussi poursuivi des travaux de recherche sur les comportements sexuels et parentaux des poissons et il a notamment démontré une plasticité du comportement parental et un double contrôle, externe et hormonal, du comportement maternel chez le Tilapia. Ces observations viennent corroborer certaines de ses thèses avancées dans des publications antérieures.
Plus récemment, le Professeur Gautier a participé, en collaboration avec l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II du Maroc, à des activités de recherche sur la socioécologie des Rongeurs des milieux semidésertiques et désertiques du Maroc; au Québec, avec l'Université du Québec à Rimouski, sur l'écoéthologie des Annélides Polychètes. Ces travaux restent dans son champ d'intérêt, qui ne s'est jamais démenti: l'étude des liens entre écologie et comportement, afin de mettre en évidence les adaptations du comportement social aux conditions du milieu.
Soulignons enfin que les activités de recherche du Professeur Gautier l'ont conduit à encadrer seize diplômes d'études approfondies, vingt thèses et quatre doctorats d'État. Même à quelques mois de sa retraite, il continue toujours à être actif sur ce plan. Il a aussi pris part à plusieurs colloques internationaux, comme participant ou comme organisateur. Bref, de l'avis de ceux qui ont eu la chance de le connaître au cours de sa carrière bien remplie, il a toujours manifesté un esprit de synthèse remarquable, une intégrité scientifique indéniable et un esprit visionnaire hors du commun, toutes qualités associées à une discrétion et à une accessibilité déconcertantes.
Pédagogue et chercheur exemplaire, Jean-Yves Gautier a mis les plus hautes exigences de la vie intellectuelle au service de la vie des plus humbles espèces sans perdre de vue le sens des réalités de la vie tout court. Il est de ceux qui, par leur curiosité, leur rayonnement et leur travail assidu, contribuent à éclairer la communauté universelle et participent à son avancement. C'est pourquoi, au nom des échanges et du développement universitaires, il nous importe de récompenser ce professeur hors pair qui allie au plus haut degré les qualités auxquelles nous croyons.
L'Université du Québec, sous l'égide de l'Université du Québec à Rimouski, est donc heureuse et fière de pouvoir vous décerner, en reconnaissance, sa plus haute distinction, le titre de docteur honoris causa. Monsieur Gautier, au nom de toute la communauté universitaire, laissez-moi vous témoigner toute notre gratitude et notre amitié respectueuse.
Nous préparons nos étudiants
à devenir les acteurs de cette aventure humaine que sera la Biologie
du XXe siècle. Ils nous montrent d’ailleurs qu’ils
y sont prêts, avec leur détermination et leur enthousiasme.
En m’accordant le titre de Docteur honoris causa de l’Université du Québec, vous me faites un grand honneur. Je suis à la fois heureux et fier d’appartenir aujourd’hui à une communauté scientifique de renom comme la vôtre.
Cette cérémonie du 17 mars 1999 est un moment fort de ma vie d’enseignant chercheur dont je me souviendrai avec émotion. Pour tout cela, je tiens à remercier très vivement ceux qui sont à l’origine de la démarche dont nous vivons aujourd’hui l’aboutissement. Je vous remercie tous pour votre présence, elle compte beaucoup pour moi, et mes remerciements vont également à ceux qui, ne pouvant venir à Rimouski, m’ont fait le plaisir d’un message écrit.
Au cours de mes précédents séjours à l’UQAR je me sentais déjà comme « chez moi » tant je bénéficiais d’un accueil chaleureux. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être complètement intégré, ce dont je me réjouis. En effet, si le passé nous échappe, si nous ne maîtrisons pas le futur, alors il nous faut vivre au mieux le présent. Et aujourd’hui, j’apprécie tout particulièrement le présent que nous partageons.
Si nous ne pouvons remodeler le passé, nous pouvons toujours l’analyser. M. le Président, M. le Recteur, je vous suis très reconnaissant d’avoir usé de votre habileté pour mettre en valeur l’ordinaire d’un enseignant-chercheur.
Pour revenir sur mon passé, je vais plagier la phrase suivante de l’écologiste Claude Combes « l’évolution c’est les autres ». Oui, ma démarche d’enseignant-chercheur, c’est aussi les autres. En effet, si j’ai toujours été attiré et intéressé par le comportement animal, j’ai aussi toujours bénéficié d’un contexte écologique stimulant. C’est sans doute sous l’influence de ce contexte que j’ai quitté le campus universitaire de Beaulieu, tout neuf à l’époque, pour rejoindre la non moins nouvelle station biologique de Paimpont. Et là, avec mon maître Gaston Richard et mes collègues J.-C. Lefeuvre et P. Trehen, nous avons jeté les bases de l’Éco-éthologie, conçue comme une méthodologie permettant de réunir des recherches centrées sur les différents niveaux d’organisation que sont l’individu, la population et l’écosystème.
Cette démarche éco-éthologique, j’ai eu l’occasion et surtout la chance de l’avoir appliquée à des Annélides polychètes marins: les Néréis. J’avais en effet été contacté par Christian Retière et Gaston Desrosiers qui étudiaient la territorialité de ces animaux et associaient donc comportement individuel d’occupation de l’espace et biologie des populations. Je me souviens de mon premier contact avec l’Université du Québec à Rimouski en avril 1991; j’avais été invité à participer au jury de thèse de Gilles Miron. Plusieurs séjours ont suivis et comme nous avons encore des questions à poser aux Néréis, cette aventure a encore un avenir.
J’en arrive ainsi au futur. Il apparaît que nous allons vers une Biologie intégrative passionnante. En effet après un éclatement de la Biologie en sous disciplines comme la Biologie moléculaire, la Biologie des populations, etc., éclatement sans doute nécessaire pour approfondir nos connaissances des différents niveaux d’organisation, il me semble qu’une Biologie intégrative se développe.
C’est ainsi qu’aux études éco-éthologiques des Néréis Gaston Desrosiers et Pierre Blier ont associé une approche biochimique. Il est alors possible de mieux saisir les mécanismes adaptatifs et de comprendre le succès ou l’échec des populations lorsque le milieu change, souvent sous l’action directe ou indirecte de l’Homme. L’Écologie et l’Éthologie ont montré que les animaux sont rarement à leur limite dans la nature, cette réserve leur permet de modifier la vie si le monde change. Mais actuellement, l’homme agit si rapidement sur les milieux que cette marge d’adaptabilité ne permet plus la survie de nombreuses espèces et nous assistons à une érosion de la biodiversité.
Le développement des relations entre Physiologie, Éthologie et Écologie est caractéristique de la nouvelle écologie comportementale et les recherches menées par Jean Ferron illustrent tout l’intérêt d’une intégration de ces trois disciplines pour donner des bases fondamentales à des plans de gestion de la faune et de ses habitats.
L’étude des populations du crabe des neiges, notamment de leurs déplacements permet à Jean-Claude Brêthes d’ouvrir l’Écologie à l’Anthropologie, aux préoccupations et activités de l’homme économique et social.
On ne peut oublier ici, au pays des castors, que les organismes structurent leur milieu ; le castor va même jusqu’à modifier le paysage, il change le milieu de telle sorte que sa vie ne change pas. À une autre échelle, les terriers de Néréis nous montrent également que ces vers structurent leur environnement et l’aménagent en même temps pour d’autres espèces. Il faut insister sur ces liens entre espèces. L’homme, en développant de nouvelles technologies, accroît ces liens avec beauoup d’espèces, ceci pour le meilleur comme pour le pire.
Le développement actuel de la Biologie est une formidable aventure et, en tant qu’enseignant, nous préparons nos étudiants à devenir les acteurs de cette aventure humaine et les décideurs de la Biologie du XXe siècle. Ils nous montrent d’ailleurs qu’ils y sont prêts, avec leur détermination et leur enthousiasme. Ces qualités font que certains entreprennent une grande migration de Rennes à Rimouski, ou l’inverse, pour leur plus grand profit, je le sais. Ils découvrent de nouvelles démarches scientifiques, d’autres pédagogies et donc d’autres modalités d’évaluation de leurs capacités, même si les examens sont toujours là.
Recevant mon dernier diplôme et il me vient deux remarques:
Un groupe de professeurs et d’étudiants de l’UQAR, dans le domaine de la géographie et du développement régional, ont mis au point la première version d’un Atlas électronique du Bas-Saint-Laurent. Accessible sur Internet, cet Atlas permet de consulter différentes cartes et d’avoir rapidement sous la main des données sur le Bas-Saint-Laurent. Ces données portent autant sur les systèmes sociaux et humains (population, bassins d’emploi, écotourisme, scolarité, etc.) que sur les systèmes biophysiques (climatologie, géologie, paléogéographie, etc.) Elles pourront facilement prendre de l’ampleur ou être mises à jour.
Pour développer ce projet, l’équipe de travail, sous la direction du professeur Pierre Bruneau, a reçu le soutien de certains organismes tels le ministère des Régions du Québec, le Conseil régional de développement et le FODAR (près de 60 000 $ en tout pour l’année 1998).
Vous pouvez consulter le site de l&’;Atlas électronique du Bas-Saint-Laurent à l&’;adresse suivante : [www.uqar.qc.ca/atlasbsl].
Objectifs
L'objectif premier consiste à faire de l'Atlas bas-laurentien un outil de développement régional aux différentes échelles géographiques (région, MRC, localités), en faisant d'abord l'état des lieux aux plans physique et humain puis en dégageant les tendances lourdes de l'évolution économique et sociale sur le long terme.
L'Atlas régional peut ainsi devenir un outil qui prend en compte les préoccupations des acteurs locaux et régionaux, ce qui aidera à la prise de décision et à la résolution de problèmes. Il peut aussi être envisagé comme un carrefour d'informations alimenté autant par les connaissances produites par le milieu que par les résultats de recherche des organismes publics et privés de la région.
L'Atlas peut, par ailleurs, être un guide utile à l'apprentissage dans les institutions d'enseignement du milieu tout comme un moyen de formation pour l’ensemble des citoyens.
Dans une perspective à long terme, l'Atlas peut devenir un lieu privilégié de la mémoire régionale sans laquelle nulle communauté ne peut envisager son avenir.
Après avoir mis au point le site du Bas-Saint-Laurent, l’équipe de travail envisage de construire un site semblable pour la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine.
L’équipe
Le Comité de direction de l’Atlas régional est composé de : Pierre Bruneau, directeur du projet (géographie humaine), Serge Côté (sociologie), Bernard Hétu (géographie physique) et Jacques Roy (cartographie). Le Comité de production comprend: le professeur Claude Livernoche (géographie physique), une équipe technique composée de Suzanne Gagnon (cartographie), Yves Michaud (cartothèque) et Claude-Philippe Nolin (infographie pour le multimédia). Et aussi, les étudiants Robert Gagné, Sabine Auclair, Claire Lavoie et Christian Ouellet (développement régional), Marie-Claire Dubé ET Hélène Saint-Germain (géographie) ainsi que David Lepage (informatique). Ajoutons aussi les noms de quelques étudiants qui ont apporté une collaboration : Stève Dionne, Violaine Lafortune et Marcel Méthot.
Des bourses ont été accordées à trois étudiantes et à un étudiant de l’UQAR suite au concours littéraire organisé par le Prêt d’honneur de l’Est du Québec. Le thème du concours était : « La liberté qu’on imagine ». Le concours, organisé en collaboration avec plusieurs commanditaires, vise à promouvoir le français chez les jeunes.
Les deux gagnants de l’UQAR, pour le secteur des lettres, sont : Éric Normand, qui a remporté un grand prix de 550 $, remis conjointement par la députée de Rimouski Solange Charest et par la Société nationale de l’Est du Québec, pour son texte Et Dieu se joua l’autruche. Céline Leclerc a quant à elle obtenu une bourse de 200 $, remise par Les Frères du Sacré-Cœur, pour son texte Rêve d’homme.
Les deux gagnants de l’UQAR inscrits dans les disciplines autres que les lettres sont : Alexandra Dubé-Loubert, étudiante en biologie, qui mérite un prix de 300 $ pour son texte Fragments d’un journal, des Paris et des lumières. Geneviève Bouchard, étudiante en éducation, a pour sa part gagné une bourse de 200 $, remise par la députée du comté de Matapédia Danièle Doyer.
La présidente du Prêt d’honneur, Mme Liz Fortin, a souligné l’excellente participation des étudiantes et étudiants de l’UQAR : parmi les 81 étudiantes et étudiants de tout le Bas-Saint-Laurent qui ont participé au concours (deux fois plus que l’an dernier), 21 étaient de l’UQAR. Elle a loué l’imagination des participants et leur souci de bien écrire la langue française.
Le 24 mars dernier, les étudiantes et étudiants à la maîtrise en océanographie de l’UQAR ont présenté leur projets de recherche devant un auditoire composé d’étudiants et de professeurs. C’était l’occasion d’expliquer les grandes lignes du projet sur lequel chaque étudiant souhaite travailler dans le cadre de son mémoire de maîtrise.
Raphaël Roux scrute l’impact du rayonnement solaire ultraviolet sur la croissance de la faune microbenthique dans la zone intertidale (zone des marées). Laure de Montety cherche à quantifier le niveau de bioturbation due aux organismes (benthiques) sur les fonds marins. Mathieu Ouellet, porté vers la physique, étudie l’effet des ondes inertielles sur les courants en mer d’Alboran Est (Méditerrannée occidentale). Dominique Hamel se lance quant à lui dans une reconstitution de l’histoire des fossiles microscopiques dans les fonds marins de la Polynie North Water, dans l’océan Arctique.
Dominic Boulva mesure divers changements écophysiologiques chez l’omble de fontaine en fonction des saisons. Jean-Robert Gardère a choisi de travailler sur les hormones reproductrices et le contrôle de la reproduction chez l’omble chevalier.
Sophie Breton étudie les relations génétiques entre les diverses populations nord-atlantiques des vers de mer Nereis virens. Julie Deschênes s’intéresse au comportement alimentaire du ver de mer Nereis virens en relation avec la température et la photopériode.
Kirsten Gravel évalue le bilan énergétique du crabe des neiges juvénile. Béthy Germain analyse la dynamique spatiale des différentes composantes de la population de crabes des neiges le long de la rive sud de l’estuaire du Saint-Laurent.
Coralie Tournois étudie la distribution spatiale des cétacés dans le golfe du Saint-Laurent selon deux techniques d'observation et en relation avec les paramètres océanographiques. Marie-Lyne Tremblay examine l'asymétrie crânienne chez le phoque du Groendland en relation avec différents symptômes pathologiques. Enfin, Marie-José Naud porte une attention spéciale aux petits rorquals de l’archipel Mingan : elle détermine l’impact de la géomorphologie et de la nature des sédiments marins sur leur distribution spatiale.
Bonne chance à ces étudiantes et étudiants dans leurs travaux !
C’est finalement une belle expérience de travail qu’elles ont vécue ! Marie-Eve Dubé (préscolaire-primaire, 4e année), et Geneviève Bouchard (enseignement secondaire, 4e année), ont fait partie cet hiver de l'équipe de quatorze étudiantes et étudiants de l’UQAR qui ont participé au télé-marketing de la Fondation de l’UQAR, auprès des diplômés de l’Université.
En soirée, du dimanche au jeudi, pendant huit semaines, elles ont composé les numéros de téléphone de milliers de diplômés de l’UQAR (environ 1200 appels par personne !) pour les inviter à faire parvenir un don pour la Fondation de l’UQAR. L’objectif visé, en ce qui concerne les diplômés, était de recueillir 50 000 $.
Les réponses sont variées, explique Marie-Eve. Il y a d’abord les donateurs réguliers, qui se font un plaisir de faire parvenir leur don annuel et qui demandent souvent quelques renseignements sur l’UQAR d’aujourd’hui. « En général, ils sont faciles à convaincre, ceux-là ! ».
Il y a ensuite les diplômés, qui, pour différentes raisons (souvent reliées à leur situation financière), ne peuvent donner aussi facilement. « Notre but alors n’est pas d'insister, mais surtout de voir s’ils peuvent nous faire parvenir un petit montant, de leur parler des objectifs et des besoins de la Fondation, des bourses d’études que les étudiants peuvent recevoir, bref de garder avec eux un bon contact pour les prochaines années. »
Il y a aussi les diplômés qui viennent à peine de terminer leurs études. En majorité, ils font leurs premiers pas dans un emploi à temps plein, ils ont des dettes à rembourser. Il faut donc simplement dans ces cas les sensibiliser aux actions de la Fondation pour l’avenir...
« C’était agréable de jaser avec des gens de plusieurs milieux », constate Geneviève. Celle-ci a parlé avec des diplômés qui travaillaient partout au Québec, mais aussi à Vancouver, en Ontario, au Nouveau-Brunswick, et même dans le Grand Nord.
Et surtout, cette expérience de travail a été profitable aux deux futures enseignantes. Geneviève affirme : « ça nous oblige à formuler de bons arguments, à raffiner son exposé oral, à trouver le bon ton, à développer son sens de la répartie. Aussi, il faut croire sincèrement aux objectifs de la Fondation : il est important de soutenir financièrement les étudiants par des bourses, il est important d’ajouter des appareils de qualité dans les laboratoires, des livres à la bibliothèque. Les diplômés sont conscients de cette réalité. Ils savent que la cause de l’éducation universitaire est très importante. »
Marie-Eve soutient que les diplômés gardent en général un excellent souvenir de leurs études à Rimouski. « Ils ont aimé l’Université, la ville, et certains nous disent qu’ils s’ennuient encore de notre environnement, avec le fleuve et la forêt à proximité. »
Au delà de la rémunération, Geneviève et
Marie-Eve font un bilan positif de cette expérience de travail.
Sur le plan personnel, elles se sentent plus à l’aise de parler
et d’argumenter au téléphone avec des inconnus. Elles ont
appris à bien doser le ton de la voix, à user de diplomatie,
à équilibrer l’ordre de leurs arguments, etc. Elles ont aussi
trouvé ce travail stimulant. « Nous avons travaillé
en équipe et nous avons eu un excellent support de la Fondation
», conclut Marie-Eve.
« Je me demande comment les gens vont réagir quand ils verront que le représentant de l’Est du Québec n’est ni de souche française ou irlandaise, mais plutôt un Afro-gaspésien. »
C’est un diplômé de l’UQAR, M. Boucar Diouf, qui a remporté les honneurs lors de la finale régionale des auditions Juste pour rire, qui se sont déroulées au Bar Le Sens Unique, de Rimouski, le 20 mars dernier. Il se présentera maintenant à la finale provinciale, qui aura lieu à Montréal, le 22 avril.
Originaire du Sénégal, Boucar possède une maîtrise et un doctorat en océanographie de l’UQAR. Il est présentement chargé de cours à l’Université en physiologie animale et en biochimie. Ceux qui le connaissent un peu savent qu’il a des talents non seulement comme percussionniste, mais aussi comme humoriste.
Pour gagner ce prix régional, Boucar a présenté une critique de la société québécoise basée sur des observations qu’il a faites depuis son arrivée au Québec, en 1991. « Le fait de rester en région m’a permis de vivre plus proche des gens, d’épier et d’interpréter à ma façon certaines de leurs pratiques quotidiennes. »
La plupart de ses textes humoristiques parlent du climat ! « Pour un immigrant qui décide de s’installer au Québec, le choc thermique est à mon avis plus redoutable que le choc culturel, surtout si cette personne est originaire d’un pays où le mercure est toujours en haut de 25ºC. »
L’humeur du Québécois serait conditionnée par le temps qu’il fait... Selon Boucar, il s’agit de surveiller la météo et de lancer, au moment opportun, une phrase comme « Il fait beau aujourd’hui monsieur ! ». N’est-ce pas la meilleure façon de socialiser avec son voisin ? « C’est un catalyseur de communication très efficace au Québec. Les immigrants devraient tous la mémoriser avant d’arriver ici. »
Boucar a même trouvé pourquoi les Québécois ont inventé la cabane à sucre... « C’est tout simplement un prétexte pour bouffer les derniers bancs de neige et ainsi, accélérer l’arrivée de l’été. »