Saviez-vous que la totalité des habitants du Canada pourrait manger gratuitement pendant cinq mois? Plus de 11,2 M de tonnes de nourriture comestible sont jetées chaque année. Cet enjeu environnemental et social a inspiré Édouard Joncas, étudiant au baccalauréat en sciences comptables au campus de Lévis de l'UQAR depuis l'automne 2018.

En regardant une émission télévisée liée à la consommation, M. Joncas a imaginé une nouvelle mesure fiscale incitative particulièrement efficace. « On y voyait des gens qui font leur épicerie dans les poubelles, en fouillant dans les conteneurs pour se nourrir. Je me suis dit : ce n’est pas normal qu’on jette de la bouffe quand elle pourrait servir aux banques alimentaires. Sachant qu’au Québec, une personne sur sept fait appel à leurs services, pourquoi ne pas faire une mesure fiscale avec ça ? », réfléchit-il.

L’été dernier, l’étudiant reçoit un courriel de son professeur Francis Belzile l’informant du concours universitaire Taxcoop Passez au vert ou passez votre tour. « J’en ai rêvé. Comment intégrer cette idée avec une approche fiscale ? Ce que ça coûte à l’épicerie, ce montant-là, on va le donner en don. »

(Photo : Artur Rutkowski, Unsplash)(Photo : Artur Rutkowski, Unsplash)Celui qui souhaite poursuivre à la maîtrise en fiscalité peaufina son idée, puis décida de participer à ce concours. Cela le mènera à la 6e édition du Sommet mondial de la fiscalité TaxCoop2020. Car Édouard Joncas a été retenu parmi les cinq finalistes de plusieurs pays, dont l’Italie, la Nouvelle-Zélande et la France, remportant ainsi une bourse de 1 000 $. Il présente son concept le 15 octobre lors de l’événement regroupant une centaine de conférenciers et intervenants vedettes, politiciens, porte-paroles d’ONG, PDG d’entreprises et chercheurs s’intéressant à l’écofiscalité.

Son idée : un crédit pour banque alimentaire

« Le crédit pour banque alimentaire fonctionnerait de la même façon que le crédit pour don. En revanche, au lieu que le don soit en argent, il serait en aliment », relate M. Joncas, diplômé en techniques de comptabilité et de gestion du cégep de Sainte-Foy. Ainsi, le donateur apporterait directement les aliments à donner avec la facture et le montant du don serait calculé avec la valeur des articles donnés. Le montant de ce crédit d’impôt serait de 3 000 $ par année à raison de 75 %, et ce, peu importe la valeur du don.

Ce crédit s’offrirait aussi aux sociétés. Pour les épiceries, le montant serait calculé selon le prix auquel l’article a été acheté. Au lieu que le produit devienne une perte pour elles, il serait un remboursement. Le montant maximal serait de 15 000 $ par année à raison de 2/3 %, et ce, peu importe la valeur du don. « Tout le monde en sortirait gagnant, ce serait […] la guignolée du temps des Fêtes en tout temps. L’épicerie signerait ton papier pour ton impôt; elle s’occuperait du transfert des aliments vers les banques alimentaires en installant un espace de collecte des denrées. Chaque bannière aurait une journée précise pour récupérer les aliments, grâce à des véhicules financés par cette mesure, un peu comme la récupération des ordures, ce qui n’envahirait pas les commerces », explique M. Joncas.

« Grâce à cette mesure, le gouvernement réduirait les subventions offertes, chiffrées à 360 000 $ en 2019, pour les banques alimentaires. Ces aides pourraient être supprimées l’année suivant la mise en place du crédit puisque ce sont les épiceries et les gens de la communauté qui les soutiendraient. », poursuit l’étudiant universitaire de L’Ancienne-Lorette. Une telle mesure aurait des impacts non seulement monétaires et sociaux, mais aussi environnementaux, sur des enjeux liés au réchauffement climatique. Moins d’aliments à la poubelle réduiraient les gaz à effet de serre et amélioreraient notre empreinte écologique. Le coût des ordures pour les villes serait moins onéreux ; une baisse de la taxe municipale pourrait être envisageable.

Mentionnons que TaxCOOP2020 fait partie des événements internationaux majeurs en matière de fiscalité et figure au classement Global Tax50 de l’International Tax Review, répertoriant les cinquante personnalités et organisations les plus influentes au monde dans le domaine.