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Le pôle Nord magnétique livre une partie de ses secrets à une équipe de l’ISMER

Juliette Girard est candidate au doctorat en océanographie. (Photos : Camille Brice)

Le pôle Nord magnétique connaît une migration rapide depuis une trentaine d’années. Candidate au doctorat en océanographie, Juliette Girard a mené une recherche publiée dans le Journal of Geophysical Research qui montre que ce déplacement n’est toutefois pas anormal sur une échelle de plusieurs milliers d’années.

La chercheuse de l’Institut des sciences de la mer de l’UQAR (ISMER) a étudié centimètre par centimètre des couches de sédiments du Groenland. Prélevées en 2017 dans le cadre d’une mission dirigée par la professeure Marit-Solveig Seidenkrantz de l’Université d’Aarhus, au Danemark, ces carottes de sédiments contenaient pas moins de 8000 années d’histoire du comportement du champ magnétique terrestre.

« Nos travaux montrent que la migration rapide actuelle du pôle Nord magnétique n’est pas anormale au cours des derniers 8 000 ans », explique Juliette Girard. « Lors de périodes de forte intensité du champ magnétique terrestre, des lobes de flux magnétique issus du cœur de la Terre auraient influencé les déplacements du pôle Nord magnétique. Cela confirme le rôle du champ magnétique terrestre sur la production des isotopes cosmogéniques, comme le 14C, à des échelles temporelles millénaires. »

Intitulé Northeastern Greenland Paleomagnetic Records Indicate the Influence of Geomagnetic Flux Lobe Intensity on Virtual Geomagnetic Pole Migration During the Holocene, on peut lire l’article ici. Cette recherche publiée dans le Journal of Geophysical Research a été cosignée par Guillaume St-Onge et Jean-Carlos Montero-Serrano de l’ISMER-UQAR, Pierre Francus de Institut National de la Recherche Scientifique (INRS-ETE), Christof Pearce, Marit-Solveig Seidenkrantz et Katrine Juul Andresen de l’Université Aarhus et France Lagroix de l’Université Paris Cité.

Cette recherche menée par Juliette Girard s’inscrit dans son doctorat en océanographie. « L’objectif de ma thèse est de reconstituer les variations paléomagnétiques rapides au cours de l’Holocène, soit les dernières 11 800 années. Récemment, on a observé des variations rapides qui ont soulevé des questions dans la communauté scientifique. En particulier, le pôle Nord magnétique, dont les déplacements se limitaient à l’Arctique canadien pour les derniers 400 ans, a commencé à migrer de plus en plus rapidement dans l’océan Arctique vers la Sibérie. »

La vitesse de migration du pôle Nord magnétique a grandement augmenté dans les années 1990, poursuit la chercheuse de l’ISMER. « Elle est passée de plus ou moins 10 kilomètres par an à environ 55 kilomètres par an, avant de diminuer de nouveau à environ 35 kilomètres par année en 2015. L’accélération et la décélération rapides étaient toutes les deux sans précédent dans les données de la période historique, soit les 400 dernières années. »

L’une des conclusions de la thèse de Mme Girard est que des variations comme celles observées de nos jours se sont déjà produites par le passé, et ce, sans conduire à une inversion des pôles magnétiques. « Mes travaux sur les enregistrements magnétiques sédimentaires peuvent servir à améliorer les modèles géomagnétiques décrivant les variations passées. En particulier, les enregistrements des hautes latitudes sont importants car pas toujours utilisés dans les modèles. Le paléomagnétisme peut aussi être utilisé comme outil de datation complémentaire pour les sédiments, notamment les sédiments provenant de l’Arctique où la méthode de datation au radiocarbone est parfois plus compliquée à cause de la rareté de matériel carbonaté à dater. »

Dirigée par le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en géologie marine, Guillaume St-Onge, et le professeur Jean-Carlos Montero-Serrano de l’ISMER-UQAR et le professeur Pierre Francus de l’INRS-ETE à Québec, Juliette Girard a entrepris son doctorat en océanographie à l’automne 2021. Originaire de la région de Bordeaux, en France, la chercheuse entend faire carrière en recherche à la fin de son doctorat. « J’aime particulièrement faire du terrain. Je trouve ça très intéressant d’être capable de reconstituer les environnements passés, la circulation des courants marins ou encore l’état du champ géomagnétique il y a plusieurs milliers d’années, simplement à partir de sédiments », conclut-elle.

Pour nous soumettre une nouvelle : communications@uqar.ca