Chaire de recherche du Canada sur les Transitions territoriales et socio-environnementales

Pour faire face aux changements climatiques nos sociétés insistent sur l’impératif de transition (énergétique, sociale, économique, environnementale), amenant les politiques publiques à soutenir simultanément, et parfois au sein d’un même territoire, des projets de développement contradictoires, comme l’extraction de minerais critiques en bordure de parcs nationaux. Comment ces contradictions et les tensions qu’elles suscitent se transposent au sein des territoires, reconfigurent leurs trajectoires de développement, impactent leurs populations et se répercutent sur les représentations, mobilisations et pratiquent politiques ?


Les politiques de lutte contre les changements climatiques placent les transitions au cœur de l’action publique. Or, ces transitions s’accompagnent souvent d’orientations de développement qui peuvent entrer en tension : d’une part, renforcer la conservation de la biodiversité et la protection des milieux; d’autre part, soutenir l’extraction minière et le déploiement de nouvelles infrastructures énergétiques — notamment les énergies renouvelables — présentés comme nécessaires à la transition énergétique. Sur un même territoire, ces objectifs peuvent ainsi se superposer et produire des injonctions contradictoires, particulièrement visibles dans plusieurs régions du Québec.
La multiplication de projets extractifs au sein d’écosystèmes sensibles et interconnectés soulève alors une interrogation majeure : comment s’articulent, se combinent et s’additionnent les effets cumulatifs des impacts socio-environnementaux liés à ces projets, avec ceux induits par les changements climatiques eux-mêmes? L’objectif de la Chaire est de comprendre comment ces phénomènes s’additionnent et se répercutent sur les tissus socio-économiques, les représentations et les comportements environnementaux, ainsi que sur les représentations et les participations politiques des populations des régions impactées.
Axes de recherche
Cet axe de recherche évalue l’adéquation des programmes de développement extractif portés par les autorités fédérales et provinciales avec les systèmes socio-économiques et environnementaux qui les accueillent. Il effectuera pour cela des analyses de contenu des politiques et documents institutionnels, des dossiers déposés au BAPE, ainsi des études d’impacts et des programmes de gestion environnementaux des acteurs économiques.
Cet axe analyse les intégrations territoriales des activités extractives et les impacts générés sur les systèmes socio-environnementaux. Il étudiera les tensions engendrées sur les aires naturelles protégées situées à proximité des sites extractifs ainsi que les effets cumulatifs pouvant être suscités en raison de l’affaiblissement des systèmes socio-environnementaux interconnectés et des changements climatiques. Dans cette perspective, cet axe portera un regard attentif à la manière dont l’altération des systèmes socio-environnementaux affecte la perception du lieu, de l’appropriation des territoires et des constructions socio-environnementales propres aux riverain.es des aires naturelles protégées et des sites extractifs, y compris des communautés autochtones.
Cet axe aborde les mobilisations sociales et la repolitisation des enjeux socio-environnementaux suscitées au niveau local. Pour mieux saisir ces enjeux, la collecte des données sera effectuée en plusieurs temporalités réparties à la fois entre les différentes phases de consultation et d’opérationnalisation des projets extractifs ou de conservation de la biodiversité et des prochaines échéances électorales (élections municipales de 2025 et 2029, élections provinciales générales de 2026 et 2030). Une attention particulière sera portée aux conflits d’usage générés par le développement minier dans les périphéries immédiates des aires naturelles protégées et aux mobilisations et actions portées ou soutenues par les communautés autochtones riveraines. Cet axe portera également un intérêt marqué aux activités contribuant à la constitution de l’aire protégée d’initiative autochtone de la Magpie et de la réserve de biodiversité d’Anticosti, et au sein des activités de sensibilisations aux programmes de conservation ou de promotion du tourisme de plein air dans les territoires concernés.
Les études des axes 1, 2 et 3 permettront d’interroger les questions liées aux externalités environnementales de la transition énergétique et du développement des énergies dites vertes, et notamment d’interroger les externalités des chaines d’approvisionnement international de ces secteurs industriels dits d’avenir ou stratégiques. Cet axe de recherche permettra en cela d’effectuer des développements plus théoriques en mobilisant les données empiriques associées aux axes 1, 2 et 3 afin de réinterroger et d’affiner les concepts d’échanges écologiques inégaux, de terre partagée, de limites planétaires et de limites régionales, notamment en prenant en considération l’interconnexion des systèmes socio-environnementaux.
Équipe
- Nicolas Hubert
Professeur adjoint au département Sociétés, territoires et développement de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les Transitions territoriales et socio-environnementales et co-rédacteur en chef de VertigO – La revue internationale en sciences de l’environnement, Nicolas Hubert travaille sur les impacts socio-environnementaux et territoriaux suscités par la transition énergétique. Ses recherches portent notamment les injonctions contradictoires de développement amenant à soutenir l’exploitation de minerais critiques, le développement d’infrastructures énergétiques et la conservation de la biodiversité au sein d’un même territoire. Il interroge la manière dont ces injonctions contradictoires engendrent des effets cumulatifs en multipliant les sites d’exploitation et entraîner des réactions en cascade au sein des systèmes socio-environnementaux et socio-politiques à différentes échelles. Alors que ses recherches doctorales et post-doctorales portaient sur les impacts socio-environnementaux et les facteurs conflictuels associés à l’exploitation des ressources naturelles en Afrique de l’Ouest, dans le cadre de la Chaire de recherche du Canada sur les Transitions territoriales et socio-environnementales, Nicolas Hubert mobilise plusieurs études de cas spécifiquement associés à la transition énergétique au Québec en ouvrant à des comparaisons au Canada et à l’international.
- Yann Fournis
Courte bio et liens de recherche - Geneviève Brisson
courte bio et liens de recherche - Nathalie Lewis
Nathalie Lewis est sociologue de l’environnement et professeure-chercheure en développement territorial à l’Université du Québec à Rimouski. Directrice du doctorat en développement régional et territorial et du Département sociétés, territoires et développement, elle est, entre autres, secrétaire générale de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF), cofondatrices du réseau « Environmental Justice – Justice environnementale » hébergé à l’INRAE ; codirectrice de l’axe « Anticiper et s’Adapter aux changements climatiques » du réseau FRQ CARES et membre de l’axe « Habiter » du CRDT. Elle est également au comité de rédaction de la revue VertigO – La revue internationale en sciences de l’environnement.
Avec un parcours en science politique et en sociologie, elle s’intéresse aux rapports entre les communautés (humaines/non-humaines) et le territoire à travers des approches de sociologie pragmatique et d’écologie politique. Au cœur de ses travaux se retrouve le croisement des enjeux et des tensions où les objets humains, non-humains et naturels se croisent et se combinent pour (re)produire le quotidien et ses rapports de pouvoir. Les travaux sur la démocratie municipale ou ceux sur l’effet des politiques extractivistes sur les communautés maritimes sont au cœur de ses récents travaux. - Julia Frotey (INRS)
Professeure adjointe à l’Institut national de la recherche scientifique, Julia Frotey est aussi coresponsable de l’Unité mixte de recherche INRS-UQAR Numérique et territoires, basé à Rimouski. Diplômée d’un doctorat en aménagement de l’espace et urbanisme, Julia Frotey a été formée aux méthodologies des sciences territoriales (analyses des jeux d’acteurs, entretiens d’acteurs, ateliers participatifs et focus groups, cartographies et analyses spatiales sous Systèmes d’Information Géographique). Julia Frotey examine l’évolution des modes de gestion et de gouvernance des infrastructures urbaines sous l’effet des transitions énergétique, numérique et climatique en cours. - Laurent Dambre-Sauvage
Courte bio et liens de recherche - Étienne Roy-Grégoire (UQAC)
Professeur de science politique au département des sciences humaines et sociales de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
Étienne Roy Grégoire détient un doctorat en sciences politiques de l’Université d’Ottawa, une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal et un baccalauréat en anthropologie de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur les régimes politiques et les efforts d’autodétermination déployés sur la frontière extractive. Ses terrains se déroulent à l’interface de l’extractivisme et de l’autochtonie, particulièrement au Canada et en Amérique latine. Il a travaillé plusieurs années dans le domaine des droits humains en Colombie et au Guatemala.
Il est responsable du Laboratoire Autodéterminations / Gouvernementalités et ontologies politiques extractives / Démarches enracinées (Lagopède) et cotitulaire de la Chaire UNESCO en transmission culturelle chez les Premiers Peuples comme dynamique de mieux-être et d’empowerment.
Il est membre du Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones (CIÉRA) et du Center for Indigenous Conservation and Development Alternatives (CICADA).
Publications en libre accès - Marie-Dominik Langlois
Marie-Dominik Langlois est chercheuse postdoctorale au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de recherche scientifique (INRS-UCS) à Montréal. Sa recherche concerne l’élaboration d’une recherche participative avec une communauté autochtone pour documenter les perspectives sur les pratiques de consultation liée à l’exploration minière dans les territoires familiaux, où s’entremêlent différents régimes de droits. À terme, la recherche vise la production d’un outil recensant les bonnes pratiques en termes de consultation autochtone en vue d’alimenter l’élaboration d’un protocole communautaire sur les consultations. Marie-Dominik détient un doctorat en sociologie de l’Université d’Ottawa complété d’un doctorat en anthropologie sociale et ethnologie au Laboratoire d’anthropologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Sa recherche doctorale s’est penchée sur le conflit socioterritorial opposant le peuple autochtone Xinka à la mine Escobal et à l’État du Guatemala (et dans une moindre mesure celui du Canada). Sa thèse analyse le processus de subjectivation politique des Xinkas déclenché par le mouvement de résistance à l’exploitation minière, soit à la formation d’une identité politique autochtone face au droit et au déni de droits.


Zones d’études

