Un linguiste qui n’est pas à court de mot!

Stéphane Lizotte
Hugo Saint-Amant Lamy, professeur en linguistique

Pourquoi certains Bas-Laurentiens prononcent le mot crabe en accentuant la lettre a? D’où vient l’usage du mot culotton pour désigner un pantalon de neige? Ou encore, pourquoi roulait-on davantage ses « r » dans l’ouest du Québec au milieu du XXe siècle? Ces questions passionnent le professeur en linguistique Hugo Saint-Amant Lamy. Un linguiste pour qui les variations langagières sont fascinantes!

Au départ, rien ne laissait présager que le professeur Saint-Amant Lamy deviendrait linguiste. Originaire de Trois-Rivières, il a entrepris un baccalauréat multidisciplinaire avec des cours d’histoire, de philosophie et de littérature à l’Université d’Ottawa. Puis, il a eu la piqûre en suivant un cours de linguistique. « De façon générale, les gens ne savent pas trop ce qu’est la linguistique. Et c’était mon cas aussi à l’époque. Mais ce fut une révélation pour moi. De penser à la langue qu’on utilise tous les jours comme un objet scientifique a été un déclic. »

La linguistique consiste à analyser le langage humain, résume le professeur Saint-Amant Lamy. « Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre à un niveau plus profond ce qui semble évident. Nous parlons tout le temps, mais il y un système hypercomplexe qui se cache en dessous de la simplicité de la langue. Souvent, on associe la linguistique à la grammaire, dont l’objectif est d’amener les gens à aligner leurs usages sur un modèle normatif. Mais l’approche de la linguistique est descriptive et vise à comprendre comment les gens parlent et ce qui est à la base de cela. »

C’est dès son deuxième trimestre universitaire qu’Hugo Saint-Amant Lamy s’est inscrit au baccalauréat en linguistique. Il y a fait la rencontre de la professeure Marie-Hélène Côté, une sommité dans le domaine. Sous sa direction, il a réalisé une maîtrise et a amorcé un doctorat à l’Université d’Ottawa. Pour suivre sa directrice de thèse ayant obtenu un poste à l’Université de Lausanne, M. Saint-Amant Lamy y poursuit ses études doctorales. Son projet de recherche portait sur les facteurs qui font que la langue change d’une génération à l’autre, particulièrement en ce qui a trait à la prononciation.

« Quand on écoute des personnes âgées parler, elles disent mon pére, boère ou dîre. La prononciation des voyelles était très différente. En 100 ans, la prononciation de ces voyelles a énormément changé et je cherche à savoir pourquoi », indique le professeur Saint-Amant Lamy qui recourt à des enregistrements audios datant des années 1960 réalisés avec des personnes nées au 19e siècle. « Il y a eu une sorte d’explosion de ces enregistrements à l’époque qui coïncide avec les débuts de la linguistique. Avec ces enregistrements, on peut reconstituer l’évolution de la prononciation au 20e siècle. »

Seul linguiste au Département des lettres et humanités de l’UQAR, Hugo Saint-Amant Lamy consacre ses travaux de recherche au français parlé au Québec. « Je m’intéresse à l’évolution de la prononciation, donc comment ont émergé les traits qu’on associe aujourd’hui au français québécois. Par exemple, la diphtongaison qui est le fait de prononcer une voyelle comme deux : comme le mot fête prononcé faïte. »

La variation régionale au Québec est un sujet qui interpelle particulièrement le professeur Saint-Amant Lamy. « Il y a des différences assez importantes entre l’est et l’ouest de la province. Dans l’est, il y a l’influence acadienne qu’on ne retrouve pas dans l’ouest. Il y a, grosso modo, une frontière est/ouest dans les environs de Trois-Rivières et de Sherbrooke. Il y a aussi des petites variations plus locales entre autres au Lac-St-Jean, dans la Baie-des-Chaleurs et aux Îles-de-la-Madeleine. Comment ces variations sont apparues? C’est une nouvelle niche que j’essaie de développer. »

Hugo Saint-Amant Lamy s’est joint à l’Université du Québec à Rimouski en 2023. La proximité entre collègues et avec la communauté étudiante lui plaît particulièrement. « Le Département des lettres et humanités est tellement pluridisciplinaire et il y a un esprit de dialogue. On ne travaille pas en silo. C’est très stimulant pour un chercheur. Et comme les groupes sont plus petits que dans d’autres universités, on peut offrir un encadrement personnalisé aux étudiantes et étudiants », conclut le linguiste membre du Centre de recherche interuniversitaire sur le français en usage au Québec et du groupe de recherche Archipel de l’UQAR. 

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