Rebecca Savard, pour des soins plus inclusifs

Récipiendaire du Prix EDIA 2026 remis par l’UQAR, en collaboration avec la Fondation de l’UQAR, Rebecca Savard incarne une nouvelle génération de chercheuses tournées vers l’engagement social. Au-delà de la reconnaissance, c’est surtout la portée humaine et sociale de ses travaux qui marque.

Étudiante à la maîtrise en sciences infirmières au campus de Lévis, elle s’attaque à un angle mort du système de santé : le processus de recherche d’aide des familles d’adolescentes et d’adolescents issus des minorités sexuelles et de genre en situation de détresse suicidaire.

Comprendre pour mieux soutenir

Son intérêt pour la prévention du suicide vient d’une expérience personnelle marquante, vécue dès l’enfance. « Lorsque j’ai décidé de m’inscrire à la maîtrise, je savais que mon projet de recherche serait en prévention du suicide ayant vécu le décès d’un parent, étant jeune, de cette façon », raconte l’étudiante.

C’est en découvrant les travaux liés au projet Parent(aise) que son sujet s’est précisé. Un constat s’impose : les jeunes issus des minorités sexuelles et de genre présentent un risque suicidaire accru, et le soutien familial joue un rôle déterminant.

« J’ai ressenti un réel désir de comprendre leur vécu, leurs peurs, leurs questionnements, leurs efforts pour soutenir, souvent dans un contexte où elles se sentent elles-mêmes démunies », explique Rebacca Savard.

Des obstacles bien réels

Manque d’accès à des services adaptés, difficulté à savoir vers qui se tourner, expériences parfois invalidantes avec certains professionnels… sans oublier la charge émotionnelle immense. « Chercher de l’aide dans cet état-là, c’est déjà en soi une épreuve », constate-t-elle.

À cela s’ajoute le besoin de pouvoir échanger avec d’autres personnes vivant des réalités similaires, pour briser l’isolement et mieux comprendre ce qu’ils traversent.

Une approche qui change le regard

Pour Rebecca, il ne s’agit pas seulement d’accumuler des données, mais de comprendre les réalités dans toute leur complexité, sans les simplifier ni les uniformiser : « Ma démarche m’amène à envisager des soins qui s’adaptent aux réalités des familles, plutôt que d’attendre des familles qu’elles s’adaptent au système ».

Le terrain donne tout son sens à sa démarche

« Le terrain m’a appris quelque chose de fondamental : l’importance du lien », lance-t-elle.

À travers son expérience clinique et ses ateliers d’écriture « Guérir les mots par les maux », Rebecca crée des espaces où la parole peut prendre une autre forme. Dans ces contextes, l’écriture devient un outil de libération, de compréhension et de reconnexion à soi. Une approche complémentaire à la recherche, qui permet de toucher des dimensions que les données seules ne peuvent capter. « Avant même de parler d’intervention, il faut créer des espaces inclusifs où les personnes se sentent assez en confiance pour déposer leur vulnérabilité », explique-t-elle.

Une expertise déjà reconnue

Dès le début de sa maîtrise, Rebecca s’est démarquée sur la scène scientifique, notamment avec une présentation internationale à Lausanne.

Ses travaux ont été salués à plusieurs reprises :
• Prix Luc-Bélanger 2025
• Concours méthodologique du CISSS de Chaudière-Appalaches
• Publication scientifique en sciences infirmières
• Bourses du CRSH, du FRQ et des IRSC

Autant de reconnaissances qui confirment la pertinence et la qualité de sa démarche.

Une chercheuse de changement

Infirmière clinicienne, femme québécoise et Innu de Mashteuiatsh, elle navigue entre savoirs scientifiques, cliniques et autochtones, avec une forte propension pour la justice sociale.

Sa directrice de maîtrise, Nathalie Maltais, résume bien l’impact de son parcours : « Rebecca, depuis que je la connais, elle est comme un beau papillon. J’ai le privilège d’être aux premières loges de tout son processus de transformation. Cette femme humaine, bienveillante, déterminée et surtout résiliente me rappelle vraiment le plus beau des papillons bleus. Quelle belle relève pour la profession d’infirmière en recherche! »

Une recherche qui transforme… aussi la chercheuse

Au fil de ses travaux, Rebecca elle-même se dit transformée. « Les espaces queer m’ont permis de me sentir plus libre et m’ont amenée à revoir ma façon de comprendre le monde. Ma vision n’est plus autant binaire, mais beaucoup plus riche », dit-elle.

Au-delà des enjeux de détresse et de discrimination, elle met aussi en lumière la force et la résilience des communautés qu’elle étudie. « Il y a quelque chose de profondément beau dans cette communauté, une capacité à créer des espaces inclusifs, solidaires et transformateurs », constate la chercheuse.

Une vision claire pour l’avenir

Si ses travaux pouvaient provoquer un changement immédiat, il serait sans équivoque : « Que toutes les familles puissent recevoir des soins équitables, sécurisants et réellement adaptés à leurs besoins. Des soins où elles se sentent reconnues, comprises et soutenues ».

Rebecca souhaite poursuivre son parcours au doctorat en prévention du suicide, avec une attention particulière portée aux femmes et aux personnes 2SLGBTQIA+.

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