Le plectrophane des neiges est une espèce en déclin. Candidat au doctorat en biologie, Baptiste Courtin consacre ses recherches aux choix stratégiques de cet as de l’adaptation au froid lors de sa migration printanière. Des travaux qui se déroulent entre Rimouski et Terre-Neuve, en passant par le Labrador.
Au cours des 50 dernières années, la population de plectrophane des neiges a chuté de 60 à 75 % en Amérique du Nord pour des raisons encore inconnues. « La conservation des espèces en déclin ou vulnérables me tient particulièrement à cœur », indique M. Courtin. « Ma thèse porte sur la gestion des réserves énergétiques et les performances de vol des plectrophanes des neiges en hiver et lors de leur migration. »

Originaire d’Angers, en France, Baptiste Courtin a entrepris son doctorat en septembre 2022 sous la direction du professeur François Vézina, qui dirige le Laboratoire d’écophysiologie de l’UQAR. À la volière de l’Université, le biologiste a mené des expériences montrant que l’accumulation de réserves au printemps réduit la capacité de fuite des plectrophanes des neiges face à des prédateurs aériens. « Ils sont ainsi confrontés à un véritable dilemme pendant leur migration printanière vers le Groenland : emmagasiner suffisamment d’énergie pour arriver rapidement sur leur site de reproduction, au risque de devenir plus lourds et vulnérables aux prédateurs comme les faucons, les éperviers et les harfangs. »
Baptiste Courtin s’intéresse également à la façon dont ce compromis se traduit en conditions naturelles. « Dans ce but, je développe un modèle basé sur plus de 100 ans de données collectées par des bagueurs, tant citoyens que professionnels, à travers l’Amérique du Nord. Cette analyse permettra d’estimer, pour la première fois à grande échelle, l’évolution des réserves énergétiques des plectrophanes des neiges tout au long de leur migration au cours du dernier siècle. »
En collaboration avec Environnement et Changement climatique Canada, M. Courtin a pu identifier deux couloirs de traversée des plectrophanes des neiges : le premier par le détroit de Davis et le second par la région de Terre-Neuve et du sud-est du Labrador. Le chercheur de l’UQAR s’est rendu sur place pendant cinq semaines, en avril dernier, pour y observer leur migration.
« Mes travaux de terrain à Terre-Neuve et au Labrador visent à comprendre pourquoi certains individus choisissent une traversée directe, plus longue et plus risquée au-dessus de la mer, tandis que d’autres privilégient une route plus progressive en longeant le Labrador, réduisant ainsi la distance à franchir d’un seul coup », explique M. Courtin.

Avec sa collègue Justine Grimard-Spalding, il a capturé et mesuré des plectrophanes des neiges s’apprêtant potentiellement à traverser la mer du Labrador. « Notre objectif était d’estimer leur autonomie de vol, afin de déterminer s’ils sont capables d’atteindre directement le Groenland depuis ces sites. En parallèle, nous avons également recueilli des données d’orientation migratoire qui permettront, je l’espère, de mieux comprendre la direction qu’ils s’apprêtaient à prendre au moment du départ. »
Avant son arrivée à l’UQAR, Baptiste Courtin a réalisé deux licences en biologie des organismes et en biologie cellulaire, moléculaire et physiologie. La première à l’Université Catholique de l’Ouest et la seconde à l’Université d’Angers. Il a par la suite obtenu une maîtrise en écologie marine tropicale à l’Université des Antilles, en Guadeloupe. « J’ai toujours voulu travailler avec les animaux et contribuer à leur protection. Faire de la recherche pour mieux comprendre ces espèces et mieux les préserver, c’est le compromis idéal. Et quand on travaille avec le vivant, il faut accepter une part d’improvisation et d’imprévisibilité qui est parfois déstabilisante, mais surtout incroyablement stimulante. »
C’est l’hiver prochain que M. Courtin terminera son doctorat en biologie. « Après, j’aimerais prendre une courte pause, puis envisager un postdoctorat, à condition de trouver un projet qui me stimule réellement. Je suis actuellement dans une phase de réflexion. Je sais que je souhaite rester au Québec, mais je garde volontairement mes options ouvertes : carrière professorale à l’université ou au cégep, ou encore recherche et conservation dans les milieux public ou privé. »
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