Voir le monde comme un chimiste

Le professeur en chimie Sébastien Cardinal s'est joint à l'UQAR en 2018. (Photo : Stéphane Lizotte)

D’aussi loin qu’il se souvienne, Sébastien Cardinal a toujours été attiré par la science. Les termes molécule, atome et électron ont rapidement éveillé en lui une curiosité qui n’a fait que grandir au fil du temps. Portrait d’un professeur en chimie pour qui un produit comme le sirop d’érable est avant tout un objet de recherche passionnant!

Pour plusieurs, chimie rime avec tableau périodique et formules complexes. Pour le professeur Cardinal, la réalité est bien plus stimulante que cela. « La chimie est partout. Que ce soit dans la composition d’un meuble ou dans la batterie d’un téléphone cellulaire, il y a de la chimie. Comme chercheur, ce qui m’intéresse, c’est l’équilibre entre la recherche fondamentale et les applications concrètes qui en découlent. »

Originaire de Chicoutimi, Sébastien Cardinal a fait ses études en chimie à l’Université Laval, où il a obtenu un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat dans cette discipline. C’est lors de ses études de cycles supérieurs, sous la supervision du professeur Normand Voyer, qu’il a commencé à s’intéresser au québécol, une molécule découverte en 2011 que l’on retrouve dans le sirop d’érable.

« J’ai consacré une partie importante de mon doctorat à la synthèse du québécol, une molécule qui tient son nom de notre province, la capitale mondiale de la production acéricole. Cette partie de mes travaux a consisté à reproduire en laboratoire cette molécule que l’on retrouve en petite quantité dans le sirop d’érable. Le québécol pur est une molécule qui a des propriétés anti-inflammatoires intéressantes, mais c’est encore très préliminaire », indique le chimiste de l’UQAR.

Le parcours de M. Cardinal s’est poursuivi à l’Université Princeton, au New Jersey. Il y a réalisé un postdoctorat au sein du laboratoire du professeur David MacMillan, qui n’a reçu rien de moins que le prix Nobel de chimie en 2021. « L’Université Princeton est réputée mondialement en chimie. Je me sens absolument privilégié d’avoir pu évoluer dans un laboratoire de pointe qui repousse constamment les frontières des possibilités en chimie organique. J’ai énormément appris lors de mon passage dans cet environnement hautement stimulant. En revanche, j’ai trouvé à l’UQAR un espace qui favorise la collaboration et les recherches interdisciplinaires. C’est très stimulant pour un chercheur de travailler avec des collègues qui sont par exemple en biologie, en génie ou en océanographie. Le fait de ne pas travailler en silo ouvre bien des perspectives et permet d’apporter un regard neuf vis-à-vis des problématiques qui affectent d’autres disciplines », observe le professeur Cardinal.

C’est à l’automne 2018 que Sébastien Cardinal s’est joint à l’UQAR comme professeur. Il a rapidement développé un laboratoire en chimie organique. « Mon équipe travaille sur la synthèse de molécule, comme le québécol, et sur la valorisation de bioressources, dont les microalgues qui ont un potentiel antibactérien. On s’intéresse aussi à la catalyse photorédox, un type de catalyse révolutionnaire dans lequel le catalyseur est activé par l’action de la lumière visible. Cela permet de produire des réactions chimiques inédites avec la lumière », explique le professeur Cardinal.

L’UQAR forme des chimistes depuis des années. Elle offre un baccalauréat en chimie de l’environnement et des bioressources et, depuis peu, une maîtrise en chimie de l’environnement et des bioprocédés. « Ce qui distingue nos formations, c’est leur connotation environnementale », souligne Sébastien Cardinal. « Souvent, la chimie a mauvaise presse lorsqu’il est question de pollution, mais en fait, ce qu’on omet souvent de dire, c’est qu’elle fait aussi partie de la solution. C’est l’approche qui a été adoptée à l’UQAR. »

Autre particularité, la situation géographique de l’Université offre un accès direct à la nature, ajoute le professeur Cardinal. « Les sorties sur le terrain font partie intégrante des cours au premier cycle. Ainsi, les étudiantes et étudiants vont aller chercher des échantillons, par exemple dans un cours d’eau ou sur le bord du fleuve, et vont revenir en laboratoire pour en faire l’analyse. De plus, la taille des groupes permet un encadrement personnalisé. »

Ce contact avec la relève en chimie est particulièrement enrichissant, conclut le professeur Cardinal. « L’avancement des connaissances passe par une transmission des savoirs, par l’échange d’idées et par des collaborations qui nous amènent à réfléchir en dehors de la boîte. C’est ce que je retrouve à l’UQAR auprès de mes étudiantes, de mes étudiants et de mes collègues de recherche. Je me plais beaucoup ici. »

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