L’intervention sociojudiciaire auprès des familles confrontées à une dynamique de violence post-séparation présente de nombreux défis. Une recherche-action menée par la professeure en travail social Catherine Turbide vise à recenser, à développer et à expérimenter de nouvelles stratégies d’intervention.
La violence post-séparation peut être situationnelle lorsque les actes de violence résultent de frustrations et d’une perte de contrôle d’une ou d’un partenaire. « On peut retrouver cette dynamique dans un contexte de conflits sévères de séparation. Elle se distingue de la violence conjugale post-séparation (VCPS), où un ex-partenaire, souvent le père, met en place des stratégies visant à exercer un contrôle pour continuer à dominer l’autre parent après la séparation », explique la professeure Turbide.
La distinction entre le conflit sévère de séparation et la violence conjugale post-séparation est fondamentale en raison des répercussions de la violence sur la santé et la sécurité des victimes et des conséquences qui peuvent être létales dans les situations de VCPS. Or, des études ont documenté la présence de familles confrontées à une dynamique de violence post-séparation dans les services sociojudiciaires qui sont plutôt destinés à celles vivant des conflits sévères de séparation. « C’est pour cela qu’il est nécessaire de développer des pratiques auprès de ces familles, qui sont adaptées au type de dynamique de violence », souligne la professeure Turbide.
Intitulé Adapter l’intervention sociojudiciaire auprès des familles impliquées dans une dynamique de violence post-séparation, le projet amorcé en juin 2025 vise à proposer des stratégies concrètes adaptées aux réalités des familles impliquées dans une telle dynamique et d’implanter et d’évaluer un projet pilote au sein des services de la protection de la jeunesse. Le Fonds de recherche du Québec a octroyé une subvention de 285 600 $ pour la réalisation du projet dans le cadre du programme Action concertée.
Ce projet de recherche, codirigé par la Coordonnatrice provinciale du programme d’intervention sociojudiciaire en conflits sévères de séparation, Nathaly St-Arnaud, a permis de réunir des chercheuses de l’Université Laval et de l’Université du Québec à Trois-Rivières, ainsi que des partenaires des milieux de pratique : la DPJ, le service de médiation Équijustice, À Coeur d’homme, Perspective Famille, ainsi que les maisons d’hébergement en violence conjugale La Rose des vents et La Méridienne.
La première phase vise à recenser les stratégies existantes selon les types de violence post-séparation, à identifier les besoins des intervenantes et intervenants sociojudiciaires et des familles touchées ainsi qu’à élaborer des stratégies d’intervention novatrices. Elle se divise en trois projets de recherche distincts : une revue systématique des écrits scientifiques, une analyse secondaire des données de l’Enquête longitudinale auprès des parents séparés et recomposés du Québec et une recherche qualitative menée auprès des parents vivant une dynamique de violence post-séparation et des intervenants sociojudiciaires œuvrant avec d’eux.

L’ensemble des connaissances acquises à travers ces projets permettra d’identifier les stratégies les plus pertinentes, tant sur le plan scientifique que clinique. « À la phase 2, nous allons expérimenter certaines de ces stratégies dans le cadre de services offerts par la DPJ et procéder à une évaluation d’implantation », précise la professeure Turbide.
Cette recherche-action se poursuivra jusqu’en 2028. « Nos travaux permettront de mettre de l’avant des stratégies novatrices pouvant être utilisées tant dans les milieux de pratique que dans le milieu scientifique pour mieux adapter les interventions sociojudiciaires à la réalité des familles vivant de la violence post-séparation en tenant compte du type de dynamique vécue. Cet enjeu crucial a notamment été identifié au terme de plusieurs travaux menés au cours des dernières années, comme ceux de la Commission Laurent et du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale », conclut la professeure Turbide.
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